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 L'innovation Jugaad

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MessageSujet: L'innovation Jugaad   Mer 28 Juin - 11:08

L'innovation Jugaad

En lisant ce résumé, vous découvrirez la recette miracle qu’ont trouvée les pays émergents pour développer un concept simple et efficace d’innovation en milieu hostile. Un concept appelé jugaad, dont les principes sont adoptés progressivement par les pays occidentaux en quête d’un nouveau souffle économique.

Vous découvrirez aussi que :

- le jugaad est un état d’esprit innovant qui se joue de la complexité ;

- le dispositif d’innovation des entreprises occidentales n’est plus adapté au nouveau paysage économique ;

- l’innovation jugaad compte six principes essentiels ;

- il est tout à fait possible d’intégrer les principes du jugaad au sein des entreprises occidentales.

Les contraintes liées à la hiérarchie ainsi qu’aux cellules de R&D instaurées dans les grands groupes ne sont plus adaptées à un marché en récession depuis la crise de 2008, dans un monde où règne désormais l’austérité. Difficile alors de trouver de nouvelles stratégies d’innovation pour des sociétés qui ont déjà du mal à trouver une alternative sérieuse pour contrer la baisse du pouvoir d’achat et récupérer une clientèle qui ne cesse de leur échapper. Pourtant, si elles posaient leur regard sur les pays émergents, elles comprendraient que cette transformation du paysage socio-économique peut aussi être l’occasion d’optimiser leurs stratégies d’innovation grâce aux principes efficaces du jugaad, comme en sont convaincus Navi Radjou, Jaideep Prabhu et Simone Ahuja, chercheurs et analystes confirmés, spécialistes de l’innovation dans les pays émergents.

Jugaad est une dynamique innovante née dans les pays émergents

Mot hindi populaire, désignant la manière de résoudre un problème d’une façon originale, ingénieuse et intelligente, jugaad équivaut en France à notre « Système D » qui nous permet par la débrouillardise de nous sortir du pétrin dans les situations difficiles.

En Inde d’ailleurs, tout véhicule hybride bricolé de pièces de récupération issues d’autres machines porte aussi ce nom.

Mais bien plus qu’une simple capacité à bricoler, « bidouiller » dans des conditions précaires, jugaad désigne l’état d’esprit des entrepreneurs innovateurs des pays émergents comme l’Inde, où le terme est né. Dans ce vaste pays, les difficultés sont de tout ordres, en matière d’instabilité gouvernementale, de manque de ressources, de santé, d’éducation, d’économie, qu’il est impossible de toutes les énumérer parce qu'il faudrait s’immerger dans le pays pour en connaître véritablement toute l’ampleur.

Cette complexité est pourtant déjouée depuis quelque temps par l’esprit jugaad hors normes de certains entrepreneurs, qui parviennent à sortir leurs cartes du jeu et créer une véritable croissance économique, tout en gardant une philosophie qui leur est propre et qui rompt clairement avec celle des pays occidentaux.

Il n’est plus question de créer une entreprise dans le seul but de créer une activité rentable. Leurs motivations, nées dans leurs lieux de vie, tiennent compte aussi des intérêts de leur communauté. Les difficultés environnementales ne sont pas les seuls éléments déclencheurs de leurs innovations. Ceux qui les entourent sont également à l’origine de leur désir d’entreprendre. Ils aspirent à les satisfaire, à améliorer leurs conditions de vie souvent pénibles. Ils prennent en compte les capacités financières de leurs futurs clients, leur santé, leur éducation, tout en souhaitant la rentabilité de leur entreprise, ils ressentent de la compassion envers ceux qui vont peut-être générer leur réussite.

Ces qualités paraissent plutôt atypiques si on les compare à celles en vigueur dans le système économique occidental. Pourtant, il faut rappeler que l’esprit jugaad a connu son temps de gloire en Amérique du Nord, avec des inventeurs désintéressés comme Benjamin Franklin et l’invention de son poêle ou Cyrus McCormick avec sa moissonneuse, tous deux enclins à faciliter la vie de leurs contemporains, au XVIIème et XIXème siècle.

En Europe aussi, lors de la première révolution industrielle, l’esprit jugaad était à la base du Nouveau Monde qui s’annonçait. Mais cet esprit louable semble aujourd’hui révolu, en raison de la persistance d’un système post-industriel usé, qui continue de vouloir vivre sur ses acquis et qui oublie que le monde économique occidental actuel n’est plus ce qu’il était.

L’innovation jugaad peut se définir en six principes

Quels sont les points communs de tous ces hommes qui parviennent à improviser des solutions rentables dans leurs pays ? Quelles qualités réunit Mansukh Prajapati, inventeur d’un frigo en terre cuite qui fonctionne sans électricité en Inde occidentale ? Le Docteur Liu Jiren, PDG de Neusoft, plus grand fournisseur de solutions informatiques en Chine, dont des systèmes de télémédecine ? Gustavo Grobocopatel et son modèle Los Grobo, de services agricoles en Argentine qui a ouvert à d’autres entrepreneurs la possibilité de créer une exploitation agricole rentable sans rien posséder ?

Ils sont tous jugaad, tout simplement. Ils sont tous parvenus à former un compromis harmonieux fait d’intuition, de résistance, de débrouillardise, de souplesse, de simplicité, de générosité et de compassion au sein même de leur activité lucrative.

Cet équilibre pourrait se décliner en principes bien définis qui sont les composants essentiels de l’esprit jugaad :

1. Trouver l’occasion d’innover malgré les difficultés : rien ne peut freiner l’esprit créatif de ces entrepreneurs et encore moins les obstacles environnementaux qu’ils affrontent au quotidien dans leur pays. Ils avancent envers et contre tout, tracent leur route dans un défi permanent avec eux-mêmes, sans jamais se décourager. De toute façon, ils sont nés dans l’adversité, ils y ont grandi et de cette manière, ont un avantage considérable sur les Occidentaux, qui n’y sont pas préparés.

2. Innover malgré le manque de moyens matériels et financiers : ils vivent dans une pénurie de ressources depuis toujours, alors ils composent avec ce qu’ils ont à leur disposition, sans chercher à vouloir ce qui est inaccessible. Ils ont l’art de commencer petit.

3. S’adapter plus rapidement aux changements : ils ont des facultés d’adaptation développées et innées parce qu'ils ont toujours vécu dans un environnement instable. Si la route est barrée, ils prennent rapidement un autre itinéraire et peu importe si la destination s’avère peu fructueuse, ils reprendront un nouveau départ.

4. Créer la simplicité : l’important pour eux, c’est de créer des produits ou services qui soient accessibles à tout le monde, quels que soient leur niveau social, leur éducation, leur santé, leurs moyens financiers. Ils font de la simplicité l’objectif même de leur création.

5. Cibler des consommateurs ignorés ou à faibles revenus : ils créent des produits ou services d’un bon rapport qualité-prix et que tout le monde pourra s’offrir, même les segments de la population à très faibles revenus.

6. Se laisser porter par son intuition, son altruisme et sa passion : ils écoutent tout simplement leur cœur et leur désir de création qui est directement inspiré par leurs clients avec lesquels ils entretiennent une relation privilégiée.

Les entreprises occidentales peuvent rencontrer des difficultés à adopter ses principes

Suite à la révolution industrielle et à la croissance économique générée, les entreprises occidentales se sont installées dans un schéma de réussite qui leur a apporté un confort sûr, prévisible et systématique, qu’elles se sont empressées d’institutionnaliser dans des structures bien définies. Il s’ensuivit la création de centres de R&D, et de processus de fabrication à l’image du dispositif Six Sigma, créé par Motorola en 1996. En résumé, l’innovation s’est vue encadrée par un système dont la rigidité constitue aujourd’hui le principal obstacle à la croissance de l’économie.

Les entreprises occidentales se rouvent dans un monde en évolution constante qui les rend vulnérables en les plaçant face à de multiples obstacles.

Les difficultés sont là et se traduisent par l’apparition de nouveaux produits issus des pays émergents avec des marques en essor permanent comme HTC, Haier ou la concurrence de start-up innovantes, des réglementations de plus en plus marquées, une main d’œuvre vieillissante et une autre, constituée de plusieurs générations, mais plus difficile à gérer. S’ajoute la diminution inquiétante des ressources naturelles, le melting-pot grandissant de la population comme l’explosion des réseaux sociaux qu’il n’est plus possible d’ignorer.

Face à cette complexité, les entreprises occidentales n’ont pas les armes nécessaires pour l’affronter parce qu’elles essaient de l’enrayer avec des outils de gestion obsolètes et une transformation incrémentale de produits existants au lieu de se lancer dans des innovations radicales.

Idem face à la diminution de leurs moyens financiers, lorsqu’elles continuent de fabriquer des produits trop sophistiqués dont le prix de revient est trop coûteux, au lieu de s’attaquer au low-cost, qu’elles dénigrent totalement et considèrent comme trop peu rentable.

De plus, par le manque de souplesse de leur structure d’innovation dans laquelle elles se sont ancrées, elles sont incapables d’entamer des changements rapides, efficaces et radicaux, prendre des risques et repenser complètement leur organisation dans un monde qui évolue de plus en plus vite.

Au lieu d’opter pour des solutions simples, elles s’obstinent à vouloir toujours faire mieux, déposer brevet sur brevet, créer des produits de plus en plus sophistiqués et finissent par se déconnecter de leurs clients potentiels, pour lesquels la valeur n’est plus dans une technologie de pointe, mais dans la praticité et la satisfaction de bénéficier de prix abordables.

S’ajoute également une détermination volontaire à ignorer les consommateurs à faibles revenus parce que dans leur univers de recherche de rentabilité à court terme, ce segment de la population ne leur est pas profitable et malgré son nombre croissant, les retombées de leurs investissements pour conquérir ce marché, ne pourraient être perçues rapidement.

Enfin, écouter et suivre leur propre voix intérieure, être à l’écoute des désirs profonds de leurs clients et trouver une quelconque passion dans leur métier sont des concepts qui leur sont totalement étrangers.

Malgré le handicap des entreprises occidentales pour atteindre le jugaad propre aux innovateurs des pays émergents, rien n’est impossible. À l’instar de sociétés comme General Electric, IBM, Google, Facebook, 3M ou plus proches de nous, Danone, L’Oréal et la SNCF, foncièrement jugaad, même les entreprises retardataires peuvent espérer rentrer dans cet ordre de croissance innovant, si et seulement si elles le souhaitent vraiment.

Malgré la crise, les entreprises occidentales peuvent dénicher de nouvelles façons d’innover

L’environnement difficile en Inde n’a pas stoppé l’ingéniosité des entrepreneurs indiens. Dans un pays où l’accès à l’électricité est plus que problématique, Tulsi Tanti, à travers sa société Suzlon Energy créée en 1995, devient le 5ème plus grand fournisseur d’énergie éolienne de la planète. Les innovateurs jugaad se servent des obstacles pour réussir, ils ne s’en détournent pas et affrontent la réalité, sans se décourager. Ils ont toujours foi en leurs objectifs, quel que soit le temps que cela prendra pour les atteindre. Même si leur parcours est parfois jalonné d’échecs, ils se relèvent et repartent au combat, en ne s’attardant jamais sur des défaites qui finalement sont toujours porteuses d’un nouveau savoir.

Les entreprises occidentales peuvent tout à fait agir de même, en changeant complètement leur façon d’affronter les problèmes. Rester optimistes, évaluer les obstacles à leur juste valeur, motiver tout leur personnel pour les contrer, stimuler le pouvoir d’innovation de leurs employés en construisant des réseaux de partage, pour trouver des solutions parmi les éléments les plus créatifs de leurs effectifs. Elles peuvent aussi décentraliser les pouvoirs de décision, dispatcher de nouveaux dirigeants dans les pays émergents afin qu’ils s’adaptent sur place à de nouvelles stratégies d’innovation. Enfin, lâcher prise en abandonnant les méthodes à l’ancienne parce qu’elles ne peuvent plus répondre efficacement aux problèmes actuels.

Réussir aujourd’hui, c’est prendre des risques, faire preuve de patience et savoir attendre des résultats positifs à long terme. C’est aussi s’investir dans une nouvelle relation avec des clients plus exigeants en matière de qualité, de prix, d’écoresponsabilité, susceptibles d’émettre de nouvelles idées, de nouveaux produits ou services. Privilégier des relations de ce genre avec la clientèle ne peut être que profitable.

IBM n’a pas eu peur d’abandonner le PC en 2004 parce qu’il n’était plus innovant, 3M s’est construit autour d’un esprit de renouvellement permanent, de climat de confiance avec ses employés, leur donnant le temps nécessaire pour qu’ils puissent s’exprimer en toute liberté, acceptant leurs réussites comme leurs échecs, malgré la conjoncture difficile. Résultat en 2011, elle était l’entreprise la plus innovante après Apple et Google.

L’innovation est compatible avec un manque de moyens matériels et financiers

Au Kenya, le service M-PESA de Safaricom permet de disposer à la fois des services d’une banque et d’une carte de paiement, grâce à un simple système de messagerie SMS. MicroVentures, aux Philippines est un géant des produits de consommation qu’il vend grâce à son programme Hapinoy et de 800 000 magasins locaux, tenus par des entrepreneuses indépendantes. Bharti Airtel, opérateur de téléphonie mobile en Inde compte 250 millions d’abonnés, en sous-traitant toutes ses infrastructures.

Ces exemples sont la preuve que ne pas avoir suffisamment de moyens matériels ou financiers pour créer sa société de services ou de produits n’est pas un frein à l’innovation. Dans les pays émergents, il est tout à fait possible de créer avec moins de ressources, tout simplement en commençant petit, en s’aidant de partenaires existants pour développer son affaire. L’essentiel est de passer du temps au préalable avec ses clients potentiels pour comprendre leurs besoins et chercher comment y répondre le plus efficacement possible.

Les entreprises occidentales peuvent adopter cette voie frugale en commençant tout d’abord par viser l’économie dans la conception de leurs produits et la mise en œuvre de leurs services. En sensibilisant leurs dirigeants à ce besoin d’économie et en leur accordant des primes quand ils parviennent à atteindre les objectifs, ceux-ci sensibiliseront à leur tour la R&D, comme l’a fait Louis Schweitzer, ancien PDG de Renault, avec la Logan à 5 000 € en 2004.

Il va de soi qu’avec une telle stratégie de baisse des coûts de revient et des prix de vente des produits ou services, il faut aussi que le consommateur ne puisse pas faire l’amalgame de tous les produits du fabricant : créer une marque différente pour le low-cost est alors indispensable et inciter les commerciaux à la vendre l’est encore plus.

L’essentiel est aussi de créer des produits ou services de toutes pièces, pour accentuer encore la différence et comme les innovateurs des pays émergents, entamer des relations privilégiées avec tous les partenaires jugaad susceptibles d’optimiser la vente des produits novateurs, clients compris. Ces derniers sont attentifs à l’économie de moyens liée à la pénurie de ressources et si les entreprises occidentales leur font comprendre qu’elles sont soucieuses comme eux de cet impératif dans toutes les étapes de la fabrication de leurs produits, elles gagneront leur confiance et leur fidélisation à long terme.

Les entreprises occidentales peuvent trouver un moyen de s’adapter plus facilement aux changements

Harish Hande a lancé sa société, Solar Electric Light Company (SELCO), solution d’énergie solaire, en 1995, avec seulement 30 dollars. En 2007, il a obtenu le Prix du meilleur entrepreneur social du World Economic Forum et en 2011, le Ramon Magsaysay Award, l’équivalent du prix Nobel en Asie. Comment en est-il arrivé là ? Tout simplement en commençant petit et en s’adaptant à toutes les contraintes financières qui lui sont apparues, au pouvoir d’achat de ses futurs clients les plus pauvres de l’Inde et à la logistique nécessaire pour l’installation de ses panneaux solaires et leur entretien. Pour chacun des obstacles rencontrés, il a improvisé rapidement des solutions efficaces et abordables grâce à son esprit vif et réactif et à sa capacité de se remettre en question.

Les entreprises occidentales gagneraient à acquérir les capacités d’adaptation et la réactivité de cet entrepreneur. Ou de celle de la société Haier, menée de mains de maître par son PDG Zhang Ruimin. Son équipe d’innovateurs jugaad en est même arrivée à inventer une machine à laver conçue pour les agriculteurs, destinée à laver des vêtements mais aussi des légumes.

Ne pas avoir peur d’aller plus loin, oublier les règles qui ne sont plus applicables dans le système économique actuel, oser, tester, improviser, diverger : voilà les nouvelles ambitions de toute société qui veut atteindre l’esprit jugaad, sans oublier de laisser de côté les directives conservatrices des partenaires extérieurs.

Cette volonté de changement permet de gagner en vitesse, en réactivité. Elle permet aussi d’intégrer plus naturellement des stratégies d’innovation plus économiques où l’échec serait toléré pour rebondir mieux et plus vite, comme Google l’autorise déjà chez ses employés.

Pourquoi ne pas s’associer aussi à des partenaires qui ont plus d’expérience en matière de jugaad afin de mieux assimiler ses apprentissages ou plus encore, plonger ses cadres dans les pays émergents et leur permettre de côtoyer au quotidien des populations à faible pouvoir d’achat ? Tout est bon à prendre pour se remettre en question et revoir toute sa politique en matière d’innovation.

La New York Times Company est un bel exemple de réussite en matière d’adaptation à un nouveau paysage économique, ou comment une société de presse écrite peut se retrouver à la Une de l’information numérique avec un sens réel de l’ubiquité, comme en témoigne sa présence sur toutes les plateformes existantes.

Les entreprises occidentales peuvent se donner comme mission de créer la simplicité

Avec une table en bois, un couvercle en plexiglas et des ampoules 100 W, le Docteur Sathya Jeganathan, dans le sud de l'Inde, a inventé un incubateur à 100 $ qui a sauvé un nombre considérable de nouveau-nés. Cet exemple est parfait pour montrer la simplicité dans la conception d’un produit qui n’enlève en rien sa valeur inestimable. Quel meilleur produit qu’une invention qui réduit la mortalité infantile ?

Miser sur la simplicité et un prix abordable est aussi un grand pas pour atteindre l’universalité des produits nouveaux, susceptibles de satisfaire un plus grand nombre et une plus grande diversité d’acheteurs.

Le Nokia 1100, le portable le plus simple qui soit, avec sa lampe de poche, indispensable dans des pays où l’accès à l’électricité est restreint, a été promu portable le plus utile de la planète par Foreign Policy. Il faut dire qu’il a été acheté à plus de 250 millions d’exemplaires.

Au lieu de s’enliser dans la recherche du toujours plus et la sophistication de leurs produits ou services, les entreprises occidentales n’ont qu’une chose à faire : concevoir simplement des produits nouveaux et des prix de vente raisonnables pour répondre aux besoins de leurs futurs clients. Elles doivent aussi les vendre, les diffuser, les entretenir, dans le même souci de simplicité.

Le consommateur est en quête d’un nouveau sens dans sa vie : vivre avec moins, respecter l’environnement, penser à son avenir et à celui de ses descendants, dans un monde propre et non pollué par la fabrication de produits gourmands en énergie et polluants dans leur utilisation ou leurs déchets.

Le nouveau marché d’acheteurs veut un produit performant mais conçu dans l’économie et le respect d’un développement durable. Les entreprises doivent alors vanter et introduire ces valeurs de simplicité dans tout leur organigramme organisationnel, sans oublier leurs centres de R&D. Réunir ingénieurs et concepteurs dans cette même idéologie avec une organisation plus transversale et non pyramidale, tout en privilégiant une innovation ascendante qui tienne compte avant tout des besoins de consommateurs de plus en plus exigeants en matière de protection de l’environnement. Philips, Siemens, Google, GM et Facebook ont déjà intégré ce principe de simplicité dans la conception de leurs produits, dont la version minimaliste démontre au quotidien qu’ils sont de parfaits innovateurs jugaad.

Cibler les consommateurs ignorés ou à faibles revenus serait profitable aux entreprises occidentales

Abhi Naha a créé son entreprise de téléphonie mobile, Zone V, pour répondre aux besoins des aveugles et malvoyants qui sont plus de 285 millions dans le monde. Personne n’y avait pensé et pourtant le marché était là depuis toujours. En innovation jugaad, il est un modèle du genre. Il a eu l’intuition qu’il fallait pour développer une solution de téléphonie rentable qui pouvait inclure des personnes jusque là exclues de ce type de technologie. En plus, il améliore la vie quotidienne de ces personnes et les ouvre à une technologie qui fait avancer leur statut social.

Comme dans les pays émergents où la diversité des exclus est évidente, dans les pays occidentaux, les entreprises voient leurs clients potentiels se diversifier à vitesse grand V. La part de ceux considérés comme exclus croît d’année en année, en provoquant par la même occasion une baisse considérable du pouvoir d’achat. Ce qui entraîne la récupération de ses acheteurs potentiels : seniors, minorités ethniques et raciales, générations Y et Z, par la concurrence émanant des pays émergents ou celles des start-ups qui ont adopté l’esprit jugaad pour déjouer les difficultés grandissantes de l’économie occidentale.

La seule solution possible est alors de s’intéresser aux besoins de cette nouvelle génération de consommateurs, les mettre au centre de leurs recherches, les traiter comme une priorité.

Il n’est plus question de fabriquer des produits ou services sophistiqués pour une classe moyenne, mais de concevoir des produits ou services accessibles aux personnes à faibles revenus, avec un excellent rapport qualité/prix.

Cette nouvelle donne doit aussi transparaître dans l’organisation interne de la société par une nouvelle politique d’inclusion de tout le personnel, même celui qui autrefois n’avait pas son mot à dire, de par son âge, son poste ou son caractère marginal.

Ensuite, pour ne pas engager trop de dépenses dans l’exploitation d’un segment nouveau de consommateurs à faibles revenus, les entreprises peuvent avoir recours aux réseaux sociaux, l’informatique en nuage ou la téléphonie mobile.

Enfin, elles peuvent s’entourer de partenaires qui possèdent les connaissances nécessaires dans l’innovation jugaad des pays émergents pour les guider sur le nouveau marché qu’elles abordent et leur faire adopter plus concrètement les recettes efficaces dans leur processus de conversion jugaad.

Les entreprises occidentales gagneraient à se laisser porter par leur intuition, leur altruisme et leur passion

Kishore Biyani a eu rapidement l’intuition, lorsqu’il a créé une des plus grandes chaines de supermarchés en Inde, Big Bazaar, que l’environnement de ses magasins devait ressembler à ceux des marchés indiens, avec leurs odeurs, leur désordre et leur côté pittoresque.

L’intuition est le point fort des innovateurs jugaad. Ils écoutent leur voix intérieure dans toutes les étapes de leurs projets et lui obéissent au doigt et à l’œil.

Cette voix est étroitement liée à leur désir de faire le bien, de satisfaire ceux qui en ont le plus besoin, dans un mouvement compassion envers leurs futurs clients. Bouddhistes jusqu’au fond de leur âme, ils suivent leur dharma et font ce qu’ils estiment être le plus juste pour eux et ceux qui les entourent.

Ce mouvement hautement altruiste de leur âme bienfaitrice semble bien loin de l’esprit rationnel des innovateurs des pays occidentaux.

Les centres de R&D sont mus par l’aspect financier de leur métier et n’y ajoutent pas la passion, ni l’intuition nécessaire pour aborder les besoins des consommateurs. Ils vivent dans un univers cloisonné, comme tous les autres acteurs de la société, qu’ils soient décisionnaires ou actionnaires.

La seule façon de les faire parvenir à de plus nobles aspirations afin qu’ils puissent ressentir de la compassion pour les consommateurs cibles de leurs produits et optimiser leur innovation en fonction des besoins de ceux-ci, c’est de leur faire suivre des méthodes de développement personnel en matière d’altruisme et d’empathie. Ainsi, intimement liés aux consommateurs, ils sont plus à même de répondre à leurs besoins et ne tiennent plus compte des exigences d’intervenants extérieurs autres que leurs clients, dans leur démarche de conception de produits nouveaux. Celle-ci s’inscrit dans un mouvement d’indépendance, terrain fertile pour des innovations de rupture.

Cette ouverture de soi favorise aussi une nouvelle canalisation de leurs motivations et une plus grande liberté où ils peuvent laisser parler leur intuition, acceptée et encouragée par leur hiérarchie.

Steve Jobs est l’exemple parfait de l’entrepreneur qui n’a cessé de se fier à son intuition et qui a toujours cru dans ses produits sans se soucier des critiques et des mises en garde d’intervenants extérieurs.

Les entreprises occidentales ont intérêt à libérer ce qu’elles ont dans leur cœur pour conquérir de nouveaux marchés et fidéliser une nouvelle clientèle qui n’a qu’une envie, qu’on s’intéresse à elle.

L’innovation jugaad est une véritable valeur ajoutée pour l’ensemble des entreprises occidentales

Le nouveau paysage économique occidental est fertile en matière de jugaad et les entreprises occidentales ont tout intérêt à exploiter ces nouvelles terres pour ne pas se voir condamnées d’avance.

Bien entendu, il est impensable de restructurer tout l’immense édifice des entreprises qu’elles ont mis des années à bâtir, d’autant plus qu’il s’avère que certains de leurs systèmes restent malgré tout viables dans cette nouvelle conjoncture.

En effet, elles disposent, contrairement à la plupart des innovateurs jugaad, d’outils gigantesques pour gérer une fabrication de masse, de capitaux parfois hors-normes pour répondre à de fortes demandes, ainsi que de méthodes telles que Six Sigma, qui répondent à des normes de qualité internationales très pointues.

Pour bénéficier des performances du jugaad, il suffirait alors de piocher au moment opportun dans ce que le jugaad a de plus avantageux, lorsque tous les éléments sont réunis pour qu’il puisse agir efficacement dans le processus d’innovation des entreprises. General Electric et plus particulièrement sa branche GE Healthcare, n’a cessé d’emprunter les principes des innovateurs jugaad pour lancer de nouveaux produits.

L'entreprise a par exemple inventé en 2008, un électrocardiogramme portable, le MAC400, léger et bon marché, destiné aux marchés des pays émergents. Grâce au dispositif Six Sigma et à ses capacités d’adaptation, elle a fabriqué une solution simple et hautement performante, dont la vente est facilitée par son empathie envers ses clients, auxquels elle a accordé de multiples avantages en matière de financement et d’entretien. De plus, elle a multiplié les partenariats pour bâtir une offre encore plus compétitive.

Ainsi, en procédant petit à petit, sans brusquer leurs acquis, mais en les adaptant, certaines entreprises occidentales comme GE Healthcare, ont gagné du terrain dans l’introduction du jugaad.

Mais c’est principalement aux dirigeants de stimuler leurs employés dans cette quête, de les sensibiliser, de mettre en avant ceux qui ont déjà tout compris de ce nouveau concept, de les laisser mettre en œuvre leurs innovations jugaad sans passer par la lourdeur des dépôts de brevets, de les encourager à utiliser tous les nouveaux outils d’optimisation de l’innovation comme les médias sociaux, le brainstorming et le crowdsourcing.

Conclusion

Pour conclure, les principes de l’innovation jugaad n’ont jamais pris autant de place qu’aujourd’hui à travers le monde et jusque dans notre pays. Beaucoup de grands groupes ont déjà intégré tous ses principes, mais qu’il s’agisse de multinationales, de start-up, d’auto-entrepreneurs, d’organismes publics ou privés ou même du gouvernement, tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu pour faire face à la dégradation du système socio-économique. Dans un monde où on ne peut plus compter que sur soi-même pour réaliser nos désirs les plus profonds, l’innovation jugaad vient à point nommé pour nous guider dans nos projets et ses principes sont divulgués au sein même des plus grandes universités américaines et européennes comme une matière et une philosophie à part entière.

Ce qu'il faut retenir de la lecture de ce résumé :

- Jugaad est une dynamique innovante née dans les pays émergents ;

- l’innovation jugaad peut se définir en six principes ;

- les entreprises occidentales peuvent rencontrer des difficultés à adopter ses principes ;

- malgré la crise, les entreprises occidentales peuvent dénicher de nouvelles façons d’innover ;

- l’innovation est compatible avec un manque de moyens matériels et financiers ;

- les entreprises occidentales peuvent trouver un moyen de s’adapter plus facilement aux changements ;

- les entreprises occidentales peuvent se donner comme mission de créer la simplicité ;

- cibler les consommateurs ignorés ou à faibles revenus serait profitable aux entreprises occidentales ;

- les entreprises occidentales gagneraient à se laisser porter par leur intuition, leur altruisme et leur passion ;

- l’innovation jugaad est une véritable valeur ajoutée pour l’ensemble des entreprises occidentales.
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