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MessageSujet: Cryptocurrency ...   Mer 28 Juin - 14:22

Cryptocurrency

En lisant ce résumé, vous découvrirez l’histoire de la monnaie virtuelle bitcoin qui repose sur la technologie de la blockchain. Vous comprendrez ses implications sur l’économie et la société.

Vous découvrirez aussi que :

· le bitcoin est utilisé partout dans le monde ;

· les monnaies virtuelles peuvent être un outil de décentralisation et de liberté ;

· il existe un écosystème d’entreprises et d’investisseurs qui parient sur le développement de la technologie blockchain ;

· de nombreux débats sont en cours sur la réglementation du réseau.

Le bitcoin est déjà utilisé pour offrir des opportunités aux personnes exclues du système bancaire. Cette monnaie virtuelle repose sur la blockchain, une technologie publique et décentralisée de suivi de transactions. Le bitcoin est capable d’apporter développement et liberté à des millions de personnes, tout en réduisant le coût global des échanges financiers. Ce n’est pourtant pas l’image diffusée par les médias qui se concentrent sur les questions de marchés illégaux et d’insécurité sur le réseau. Cette ambiguïté révèle le caractère profondément novateur du bitcoin, porté aujourd’hui par une véritable effervescence intellectuelle. Cette technologie a-t-elle un avenir ? Autrement dit, les monnaies virtuelles sont-elles “l’avenir de l’argent” ?

L’argent est un étalon de valeur, c’est une invention sociale basée sur la confiance.

Une devise est un étalon de mesure qui permet un échange. Pour que celui-ci soit possible, la condition première est la confiance des parties prenantes. Ce besoin de confiance est d’autant plus visible lors d’échanges importants, sur une longue distance ou lorsque le futur est incertain.

Pour comprendre l’abstraction qui permet de passer de la devise à l’argent, on peut se demander : quelle est la valeur d’un billet ? Ce n’est pas la valeur du papier qui est à considérer, mais la valeur abstraite que l’on attribue au billet, sa valeur “nominale”. C’est la confiance que l’on a dans une monnaie qui en définit la valeur.

Cette idée est le résultat d’un débat entre deux camps. Les “matérialistes” estiment que la valeur d’une devise repose sur le matériau utilisé pour sa fabrication. C’est pour cela qu’auparavant, la pesée de la monnaie était une pratique courante pour déterminer le “pesant” en or, en argent ou en bronze d’une pièce de monnaie. Les “chartalistes” (du latin charta, papier), eux, réfléchissent au-delà de la valeur intrinsèque de la monnaie pour se concentrer sur le système de crédit et de confiance qui établit un système monétaire. Pour eux, la monnaie est le résultat du réseau de confiance tissé dans une société. Pour ce camp, le support a peu d’importance.

Le débat sur la valeur sociale de la monnaie se comprend au fil de l’histoire. Les premières traces de monnaie datent de 3 000 ans av. J-C à Babylone, en Mésopotamie. C’est également à cette période que fut rédigé le Code d’Hammourabi, le premier texte de loi connu. En Grèce, Aristote a expliqué que la monnaie est devenue nécessaire lorsque les échanges avec des partenaires extérieurs à la cité se sont développés.

À Rome, une monnaie unique a permis d’asseoir la puissance de l’Empire autour de la Méditerranée. Puis, la chute de la valeur de cette monnaie aux frontières a participé à l’effondrement de cette même société.

L’usage de la monnaie ne s’est ensuite développé qu’au XVe siècle porté par la famille Medicis qui a financé les projets des familles royales sur tout le continent européen, centralisant le système de confiance monétaire. Déjà avant cela, en l’an 1023, la dynastie Song émettait la première monnaie sous forme papier suite à une chute des réserves de bronze.

L’organisation moderne du système monétaire est basée sur la compétition entre le contrôle privé et public de la monnaie. Cette tension est notamment héritée des rois européens qui augmentaient le montant de la monnaie nécessaire au paiement des impôts. Ils réduisaient ainsi drastiquement la valeur des réserves des bourgeois et alimentaient le sentiment de révolte.

Le droit d’émission monétaire par un acteur privé est apparue en Angleterre au XVIIIe siècle, lorsque la banque du royaume a été autorisée à concéder des prêts alimentés par les dépôts enregistrés.

Ces éléments historiques illustrent la tension qui entoure la monnaie : la contrôler constitue un pouvoir. Cela s’illustre encore aujourd’hui avec le dollar qui assoit la puissance des Etats-Unis dans le commerce mondial. On notera que depuis le “choc de Nixon” qui a annulé les accords de Bretton Woods en 1971 et déconnecté la valeur du dollar de celle de l’or, le monde est entré dans un système relatif où la valeur des monnaies ne s’estime que par comparaison. Aujourd’hui, le niveau de confiance est le seul étalon de valeur des monnaies dans le monde.

Le Bitcoin, héritier de nombreuses tentatives de création d’une monnaie digitale, a émergé dans le sillage de la crise financière de 2008.

La monnaie bitcoin a été créée par Satoshi Nakamoto. En 2008, il publie la documentation du bitcoin sur des forums de discussions crypto-anarchistes, dans un groupe baptisé “Cypherpunk” dont Julian Assange fait partie.

Il crée le premier bloc appelé “Genesis Block”. Six jours plus tard, il envoie un e-mail annonçant la première émission de bitcoin, un nouveau système de monnaie virtuelle “complètement décentralisée, sans autorité, ni serveur central”. Cette monnaie virtuelle fonctionne sur le système d’une chaîne de signatures digitales qui retranscrit toutes les transactions sans révéler d’information sensible sur les utilisateurs. Cette technologie permet d’outrepasser tous les intermédiaires normalement impliqués dans les systèmes d’échanges.

Afin de maintenir cette chaîne à jour et valide, les utilisateurs sont invités à participer au fonctionnement du réseau. Ils y sont incités par un système de rémunération. On appelle ces utilisateurs les “mineurs” (“miners” en anglais) en référence aux chercheurs d’or. L’activité de “mining” consiste à confirmer la validité des transactions. Les utilisateurs mettent leur ordinateur à disposition du réseau afin d’augmenter sa puissance de calcul.

Le premier utilisateur, ou le “second nœud” du réseau, fut Hal Finney, connu pour avoir développé un système de cryptage d’e-mails. Il a contribué un temps à la gestion du réseau avant d’arrêter de peur d’abîmer son ordinateur.

Les quelques Bitcoins qu’il a gagnés en participant au “mining” ont finalement atteint une valeur de 60 000 dollars. Plus tard, il a formulé des regrets de ne pas avoir “miné” plus longtemps. Hal Finney est décédé en 2014.

Malgré un lancement rapide, l’arrivée du Bitcoin n’a pas été un “Big Bang” comme on a tendance à le dire. En effet, l’idée d’une monnaie digitale apparaît à la fin des années 1980. De nombreux essais avaient déjà été tentés. Celui ayant été le plus proche de fonctionner était DigiCash, lancée par David Chaum, professeur de la New York University et “idole” des cryptographes. DigiCash permettait un échange digital et confidentiel. David Chaum s’était tourné vers les banques centrales et les grandes entreprises pour donner de l’ampleur à son projet, qui a connu un large succès. Puis Chaum a été éjecté de sa propre entreprise qui a fait faillite.

Ensuite en 1998 est arrivé PayPal fondé par Elon Musk, Max Levchin et Peter Thiel. PayPal a permis le développement du e-commerce, sans pour autant menacer les profits des grandes banques et le système des cartes de crédit.

En 2008, lorsque Satoshi Nakamoto lance le bitcoin, le monde financier est en crise. Face à la chute de confiance dans les banques, cette technologie apparaît comme une alternative. L’avantage du bitcoin en comparaison des autres monnaies virtuelles qui l’ont précédée est l’utilisation de la blockchain, un système d’incitation efficace qui pousse à maintenir la monnaie sans que personne ne puisse la contrôler ou la manipuler. En octobre 2009, un taux de change avec le dollar est fixé : il fallait alors 1 309 bitcoins pour un dollar. Si la création d’un taux de change a généré une volatilité importante, il a également permis de développer l’intérêt du public.

Depuis 2008, une communauté se façonne autour du bitcoin, créant des liens de culture et de confiance qui permettent l’expansion de la monnaie.

La première communauté bitcoin s‘est créée dans les rangs des crypto-anarchistes après les publications de Satoshi Nakamoto. En 2010, le créateur du bitcoin disparaît progressivement des forums puis cesse toute communication. Gavin Andresen est la dernière personne à qui Satoshi Nakamoto ait parlé. Il a été choisi comme responsable du code source du bitcoin. Malgré de nombreuses enquêtes et quelques fausses pistes, l’identité de Satoshi Nakamoto est restée secrète. Les mouvements liés à son portefeuille bitcoin révèlent, malgré la cession totale de son activité, la possession d’environ un million de bitcoins. Si les mystères qui entourent le créateur du bitcoin ont contribué au romantisme de son invention, c’est aujourd’hui un obstacle à la diffusion du bitcoin : le mystère n’inspire pas confiance.

Satoshi Nakamoto a laissé en héritage une communauté et une culture. Ces liens communautaires sont importants pour le développement et le maintien de toutes les monnaies, mais plus encore pour le bitcoin qui est dénué d’autorité centrale.

Le développement du bitcoin depuis 2009 a été possible grâce à plusieurs initiatives. A l’origine, la communauté était centrée autour des forums où Satoshi lui-même guidait les « mineurs » et annonçait les nouvelles versions du logiciel. Puis, un jour, le développeur Loslo Hanyec a publié un message : il proposait une rémunération en bitcoin à qui lui enverrait une pizza. Dans la soirée, elle lui a effectivement été livrée chez lui en Floride, commandée à Papa John’s depuis Londres. C’est le premier bien de l’économie courante acheté en bitcoin. À l’époque, Hanyec a payé sa pizza 10 000 BTC, ce qui équivaut aujourd’hui à 5,1 millions de dollars. Cette aventure a attiré l’attention sur la monnaie et a entraîné son acceptation par quelques commerçants et l’arrivée de nouveaux utilisateurs sur le réseau. Ces nouveaux arrivants ont entraîné une première baisse des rendements pour les « mineurs ».

Deux sites web ont ensuite marqué l’histoire du bitcoin. En 2010, Jeb McCaleb lance Mt. Gox, la première plateforme d’échange entre les bitcoins et les monnaies courantes. Mt. Gox a été vendu au développeur français Mark Kapelès qui a installé l’entreprise à Tokyo. En juillet 2011, 80% des échanges de bitcoin passaient par la Mt. Gox. Quelques cas de hacks et de vols ont inquiété les premiers utilisateurs et renforcé le sentiment d’un besoin élevé de sécurité, mais n’ont pas entravé le mouvement de diffusion.

En 2011, le site web “Silk Road” est lancé. Véritable “Amazon pour substances alternatives”, il permettait d’acheter anonymement tous les produits imaginables dans le monde. Le site étant publiquement accessible, son adresse a été rapidement diffusée et le FBI l’a fermé en 2013. Si le bruit autour de “Silk Road” a attiré l’attention du public sur le bitcoin et démontré son utilité pour l’e-commerce international, c’est plutôt l’aspect dangereux et illégal de la technologie qui a marqué les esprits.

Cet événement n’a pas freiné l’expansion de la communauté. Au contraire, de nombreux entrepreneurs ont peu à peu décidé de travailler sur cette technologie, apportant de nouveaux points de vue et de nouvelles idées. Le site Blockchain.info qui offre une interface accessible au plus grand nombre, a été créé en 2011 et le “bitcoin magazine” en 2012. Pendant ce temps, la multiplication des “Bitcoin meet-ups” ou encore le développement des “Altcoins”, ces monnaies alternatives qui cherchent à améliorer la proposition de Nakamoto, illustrent une effervescence généralisée.

Les personnes ayant investi en bitcoin en 2011 ont réalisé un retour sur investissement de 5 000%. Le bitcoin est passé d’une valeur de 0,25 $ en 2011 à 13 $ en 2012. L’histoire des Craigs a marqué les premières années du bitcoin. Ce couple a fait le tour du monde pendant un an en ne dépensant que des bitcoins. Ils ont pu compter sur la solidarité de la communauté qui suivait leur aventure sur internet, et sur l’enthousiasme des commerçants qu’ils ont rencontrés tout au long de leur voyage.

Le développement du Bitcoin évoque des montagnes russes, entre expansion et volatilité.

Afin d’attirer des utilisateurs et de développer son potentiel, le bitcoin a besoin d’offrir un véritable avantage compétitif par rapport aux moyens de paiements actuels. Il est désormais admis que l’usage de la carte bleue est valorisé en comparaison des paiements en liquide. Cependant, s’ils semblent rapides et gratuits, les paiements par cartes bleues impliquent beaucoup d’acteurs, ont un coût élevé répercuté sur les prix aux consommateurs et se révèlent lents. Lorsqu’une transaction est validée en magasin, l’information est d’abord envoyée à une unité de traitement privée qui vérifie avec le réseau de la carte bleue (MasterCard, Visa, American Express) et la banque émettrice si le compte est suffisamment provisionné. Elle envoie ensuite l’information à l’unité de paiement. A ce stade, la transaction est validée mais le marchand ne sera payé qu’après avoir transmis les tickets de reçus à une société de règlement des compensations (aux Etats-Unis, la “Clearing House of Payments” est gérée par les dix-huit plus grandes banques commerciales du monde). Ce processus nécessite environ trois jours ouvrés. Les paiements par cartes sont donc en réalité des “mini-dettes” interbancaires que les institutions bancaires gèrent au quotidien. Aux Etats-Unis, 3,5 milliards de transactions électroniques sont gérées par jour. L’avantage du bitcoin est donc d’offrir un moyen de paiement qui élimine ces dettes en permettant un échange instantané sans recours aux acteurs intermédiaires.

Certains commerçants en comprennent déjà l’intérêt. Ainsi, en juin 2014, plus de 66 000 d’entre eux acceptaient les paiements en bitcoin. Ce réseau se développe constamment. Les deux fournisseurs de portefeuilles électroniques comptent plus de deux millions d’utilisateurs chacun. Cependant, une comparaison permet de rester réaliste : en 2014, environ 50 millions de bitcoins étaient échangés par jour, contre environ 30 milliards de dollars par jour. Pour que l’usage du bitcoin se généralise, il faudrait que le public fasse fi des risques, les deux principaux étant l’insécurité et la volatilité.

Les bitcoins peuvent être “perdus”, comme de la monnaie classique, si l’utilisateur oublie sa clef privée ou son mot de passe, ou si son argent est volé par des hackers. Si ces vols sont relativement courants, ce n’est rien par rapport à l’ampleur des vols, des arnaques et des hacks liés à l’usage des cartes bleues. Le problème de la volatilité est plus essentiel car il touche à la capacité même du bitcoin à s’établir comme monnaie. En effet, une monnaie doit être stable pour pouvoir agir comme une réserve de valeur de confiance. Aujourd’hui, le bitcoin est un actif “volatil” qui attire les investisseurs confiants mais ne rassure pas les utilisateurs prudents. La meilleure illustration de cette volatilité est l’année 2013 : les cours se sont envolés après l’achat massif de bitcoins par les Chypriotes sous la menace d’une saisie de 10% de leur épargne par les autorités, puis par l’entrée sur le marché des investisseurs chinois. Le 30 novembre 2013, le bitcoin était valorisé à 1 165 dollars. Quatre mois plus tard, après le crash du site Mt. Gox et la disparition de 650 000 bitcoins, la valeur s’était effondrée autour de 300 dollars. C’est à partir de ces événements que les autorités ont décidé de s’intéresser de près à cette technologie et à ces échanges digitaux. La communauté elle-même a réalisé que la régulation devenait une nécessité pour permettre l’essor du bitcoin – tout en s’inquiétant d’une éventuelle prise de contrôle de la technologie.

La construction de la Blockchain est un effort collectif d’après un protocole défini par le créateur Satoshi Nakamoto

La blockchain est l’invention au cœur du système du bitcoin. Elle permet de suivre les comptes de manière publique et décentralisée, afin de savoir à qui appartiennent les bitcoins en circulation. C’est une innovation technologique qui en dit long sur la psychologie de la monnaie et de la communauté. Pour illustrer le fonctionnement de la blockchain, on pourrait imaginer un village qui n’aurait pas un livre de compte unique, mais où chaque villageois tiendrait son propre livre de compte de tous les mouvements annoncés publiquement par chaque membre. C’est la confirmation d’une transaction par les villageois qui fait foi de sa véracité.

Cette décentralisation est aujourd’hui possible grâce à Internet et au bitcoin, qui permettent 1) de communiquer universellement et instantanément, 2) d’annoncer publiquement les paiements et de les enregistrer et 3) de rémunérer les personnes tenant les comptes. Techniquement, la blockchain est une chaîne de blocs constituée des preuves des transactions qui se sont déroulées au même moment. C’est une trace des balances de tous les comptes et de tous les bitcoins créés ou échangés à tout moment. Elle constitue la base de la valeur du bitcoin car cette monnaie n’a pas de forme tangible : ce n’est qu’une balance des paiements. Concrètement, la blockchain est le protocole situé sur le réseau formé par tous les ordinateurs possédant des portefeuilles. La chaîne des transactions est publique, tout en garantissant l’anonymat des utilisateurs, ce qui est une source de confiance.

Comment cette chaîne se construit-elle au fil des transactions ? Lorsqu’un utilisateur souhaite réaliser un échange, il publie un certain nombre d’informations (son montant, les clefs des utilisateurs impliqués). Cette publication est réduite en “hashs” : toutes les informations sont compressées par un algorithme en une suite de 64 caractères. (Pour voir des exemples : quickhash.com). Ces hashs peuvent s’ajouter et être à nouveau compressés, formant des “blocs” qui contiennent toutes les informations précédentes. Les ordinateurs du réseau produisent des hashs en permanence à partir des informations reçues. Pour pouvoir s’ajouter à la chaîne existante, être le maillon “gagnant” et recevoir des bitcoins, chacun doit participer à une sorte de loterie. Le hash gagnant correspond à un critère aléatoire pour s’associer au bloc précédent. Les règles de la loterie ont été programmées par Satoshi Nakamoto et sa difficulté augmente automatiquement en fonction du “pouvoir computationnel” dédié au “mining” sur le réseau. Cette loterie est nécessaire car, étant coûteuse en machine et en électricité, elle régule l’activité de “mining” et incite les utilisateurs à continuer ce travail de recueil d’informations. Une fois le bloc gagnant ajouté, il est numéroté d’après sa place dans la chaîne. Celle-ci était constituée de 318 685 blocs lors de la publication du livre. Enfin, ce bloc doit être validé par les autres utilisateurs. Si cela semble compliqué, c’est en réalité aisément réalisé par les ordinateurs. Ce travail est essentiel car il donne sa légitimité au dernier maillon de la chaîne. Tout ce processus dure environ dix minutes – mais les marchands acceptent le paiement immédiatement en raison du faible risque associé aux paiements. Pour que le système fonctionne, les individus impliqués dans son maintien sont rémunérés en bitcoins. Cette rémunération correspond à de la création monétaire d’après un rythme prévu à l’avance par Satoshi Nakamoto. L’émission de nouvelle monnaie va décroître annuellement pendant 130 ans avant que la quantité de bitcoins en circulation soit limitée. À ce moment-là, les « mineurs » seront rémunérés grâce aux charges sur les transactions. Est-ce que ce modèle sera soutenable ? Lorsqu’elle se posera, cette question soulèvera un dilemme : modifier ou non les conditions voulues par le créateur de la monnaie.

L’intérêt grandissant pour le bitcoin modifie les comportements des utilisateurs qui se professionnalisent et soulève de nouvelles interrogations sur la sécurité du système.

L’activité de “mining” des bitcoins s’est transformée en business. Il a été estimé que durant les douze mois précédant avril 2014 plus d’un milliard de dollars d’investissement en équipement ont été intégrés au réseau par les « mineurs ». L’histoire de Jason Whelan illustre le parcours des premiers « mineurs » de bitcoin. Lorsqu’il a découvert la technologie, il a décidé de « miner », avant de trouver l’activité trop compliquée et de finalement arrêter. Peu de temps après, les 6 BTC qu’il avait dans son portefeuille virtuel valaient 18 000 dollars. Malheureusement, il n’a jamais pu y accéder car il avait perdu son mot de passe. Il a alors décidé de recommencer à « miner » au sein d’un groupe de « mineurs » qui mettent en commun l’énergie de leur ordinateur pour augmenter leurs chances de gagner des bitcoins, puis se répartissent les gains. Jason gagne ainsi environ 200 dollars par mois. Aujourd’hui, au-delà de l’argent, il cherche avant tout à faire partie de cette révolution technologique.

Cette pratique du “cloud hashing” est devenue courante grâce aux “fermes de données” géantes qui louent leurs serveurs. Par exemple, l’entreprise CoinTerra, fabricant de matériel de “mining” a décidé de pratiquer elle-même cette activité en 2014. Dans une ferme de Salt Lake City, l’entreprise loue des machines d’une puissance de dix petahashs par seconde, soit 10 000 billions de hashs par seconde. L’évolution de la puissance de hash sur le réseau du bitcoin a littéralement explosé la Loi de Moore qui énonce que la puissance computationnelle d’un microprocesseur double tous les dix-huit mois. En effet, sur l’année 2014, cette puissance a été multipliée par 845 sur le réseau bitcoin. Certains craignent un désastre écologique si ce développement devait continuer à ce rythme. La catastrophe semble cependant peu probable, grâce à l’efficacité croissante des équipements utilisés. Par ailleurs, pour la communauté, ce sujet est un problème parmi d’autres. En mars 2013, des « mineurs » ont remarqué un problème dans le compte des blocks. Une deuxième chaîne parallèle avait été créée, entraînant un double comptage des transactions. Ce problème était dû à une mise à jour du logiciel. Le bug a été réglé rapidement et “seulement” 10 000 dollars de transactions ont été perdus. Cependant, ce problème de double chaîne est un problème structurel du système de la blockchain qui occupe les développeurs en charge du logiciel.

On craint également une “Attaque des 51%”. Si un utilisateur détenait plus de 50% du pouvoir computationnel sur le réseau, il pourrait créer une seconde chaîne plus longue que l’originale qui deviendrait elle-même la chaîne légitime : une telle manœuvre permettrait des escroqueries et des vols à grande échelle. Il est estimé actuellement que le coût d’acquisition de ce pouvoir s’élève à 913 millions de dollars. Cependant, ce chiffre est réduit par l’effet du “pooling” ou encore par le cas du “shelfing mining” (“extraction égoïste”) où une équipe plus réduite mais effective de « mineurs » pourrait créer une seconde chaîne légitime sans détenir 51% du réseau. L’avis général est qu’une telle fraude serait illogique, car elle coûterait très chère à mettre en place pour finalement détruire la valeur des bitcoins volés. L’intérêt personnel protègerait donc le système. Par prudence, Jeff Gerzik, l’un des développeurs principaux, réfléchit à lancer un satellite contenant toute la Blockchain existante dans une base de données pour sauvegarder le système avant un arrêt ou une attaque.

D’autres développeurs se sont attachés à inventer de nouvelles monnaies, appelées “altcoins” pour régler ce problème structurel. Ces tentatives n’ont pas connu le succès du bitcoin pour l’instant. D’autres problèmes existent : la concentration de la richesse – on observe l’émergence des “barons du bitcoin - la faible capacité du réseau qui ne gère que sept transactions par seconde contre dix mille par seconde par Visa.

Le système bitcoin comporte des risques avérés, mais pas forcément plus que le système actuel et surtout, beaucoup de personnes travaillent intensément pour régler ces problèmes.

Il existe aujourd’hui un mouvement entrepreneurial qui alimente la création de valeur autour du Bitcoin.

Il semble que les crypto-anarchistes aient perdu le contrôle du bitcoin. Le tournant a sûrement eu lieu en 2013, lorsque l’information s’est propagée et qu’une nouvelle génération d’entrepreneurs et d’investisseurs a compris l’intérêt de cette technologie. Le nouvel épicentre de développement de l’écosystème bitcoin est San Francisco – en lien avec les Tech-Hubs de Londres, Toronto, Singapour, Hong Kong, Tel-Aviv, Zoug ou encore Nairobi. Ceci dit, même à San Francisco, l’utilisation du bitcoin reste marginale et la technologie n’en est qu’à ses débuts. L’un des lieux emblématiques de l’effervescence de la ville est la Hacker House “20Mission”, créée par Jared Kenna en 2013. Ce développeur a essayé de créer une plateforme alternative à Mt. Gox, mais a été confronté à trop de problèmes légaux et techniques. Il a alors trouvé un hôtel abandonné à San Francisco et l’a restauré pour y accueillir l’avant-garde des entrepreneurs prêts à travailler sur le bitcoin. Plusieurs compagnies fructueuses se sont établies à 20Mission comme ZeroB-Lock, un système de sécurité acheté par Blockchain, Hired.com, un service de recrutement créé par Alan Grant ou encore Piper, un service d’impression sécurisée de mot de passe de portefeuille, lancé par Chris Cassano. Selon Jared Kenna, les personnes intéressées par le bitcoin et la blockchain sont attirées par l’idée de travailler en territoire inconnu. Un autre projet emblématique est l’accélérateur “Boost” de Adam Draper, qui fut l’un des pionniers du bitcoin, et s’est naturellement consacré à cette technologie. Adam Draper explique qu’il est devenu l’expert de référence en la matière simplement car il n’y en avait pas d’autres. L’émergence d’un écosystème de start-ups autour du bitcoin s’illustre par la multiplication des projets, et se traduit par l’intérêt des investisseurs de Capital-Risque. Depuis 2013, toute la Silicon Valley a le sentiment de devoir investir dans le bitcoin au risque de louper une révolution. Le taux de croissance des investissements parle de lui-même : 2 M$ en 2012, 88 M$ en 2013 et 113 M$ à la mi-2014. C’est évidemment marginal par rapport aux 33 Mds$ investis en Capital-Risque en 2013 mais cette croissance reste impressionnante.

Il faut garder à l’esprit que certaines personnes ne sont pas intéressées par l’argent des investisseurs, notamment car il dénature parfois l’objectif initial des entreprises. Par exemple, avant de lever 30 M$, Blockchain.info était géré intégralement en bitcoin, ce qui impliquait des salaires en bitcoins et des fournisseurs acceptant cette monnaie.

Quand on analyse l’écosystème de start-ups autour du bitcoin, on note la volonté d’un investissement sur le long-terme, et finalement peu de désir de spéculation sur le prix du bitcoin. Même si les investissements massifs attirent l’attention et font grimper par définition la valeur de la monnaie, créant une bulle dangereuse pour la stabilité du système.

Enfin, on peut illustrer cette “création de valeur” en observant la valeur du nom de domaine bitcoin.com : il a été déposé en 2008 par un étudiant de Yale, revendu 2 000 dollars en 2010 à l’homme d’affaire David Lavy, qui l’a loué en 2011 pour 1 M$ à Jared Kenna.

Finalement, il semble que tout le monde dans la Silicon Valley et dans les Tech-Hubs s’intéresse au bitcoin. Deux camps sont en place : une minorité de personnes largement financées qui croit viscéralement au développement de la technologie, et le reste de la population qui n’y voit pas un intérêt particulier. Il faut comprendre que les premiers ont tout de même besoin des seconds pour développer leurs produits et créer un retour sur investissement. Pour cela, il faudra qu’ils rendent la technologie accessible et surtout qu’ils en démontrent le potentiel.

Le Bitcoin offre des opportunités pour les personnes exclues du système bancaire actuel

On compte 2,5 milliards d’adultes sans compte en banque dans le monde. Cela signifie qu’environ 5 milliards de personnes vivent dans un foyer n’ayant pas accès aux services financiers que nous considérons comme “basiques”. Ils n’ont pas de carte bancaire. Ils ne peuvent pas épargner, ni demander de crédit. Pour la communauté des Bitcoiners, la monnaie-technologie qu’ils développent a les moyens d’aider ces personnes.

La start-up 37Coins est née suite à un “voyage humanitaire” de sa fondatrice, Songyi Lee. Au Mali, elle a rencontré une mère de famille dans un camp de réfugiés. Son mari resté en Côte d’Ivoire envoyait ponctuellement de l’argent à sa famille. Pour se faire, il confiait son argent liquide à des inconnus qui voyageaient dans la direction du camp de réfugiés. L’argent arrivait parfois, rarement. Lorsque Lee a montré ces vidéos à son mari développeur, passionné de bitcoin, ils ont décidé de joindre leurs forces pour lancer un service de paiement via téléphone mobile. Ce système existe déjà, avec M-Pesa au Kenya par exemple, mais il reposerait ici sur les bitcoins et non sur le système bancaire classique. Cela permet de réduire les coûts de transfert d’argent. Peu de personnes ont conscience des coûts importants associés au système actuel or on estime que le marché de la gestion des transferts représente 500 M$ par an. Les charges d’un envoi international s’élèvent à environ 10% à 30% du montant. Pour une famille qui doit vivre avec 50 $ par semaine, les 5 $ concernés représentent énormément.

Les problèmes liés à l’absence d’accès aux services financiers sont multiples. Par exemple, les entreprises doivent être gérées intégralement avec de l’argent liquide, ce qui suppose parfois des déplacements à risques ou même des braquages répétés. Pour les individus, cela signifie ne pas pouvoir épargner, accumuler du capital ou demander des crédits pour lancer de nouveaux projets. Cette situation les enferme dans un cercle vicieux.

Il existe des personnes en marge du secteur financier partout dans le monde. Si dans des pays comme le Canada ou l’Allemagne plus de 95% de la population possède un compte en banque, ce chiffre descend à 88% aux Etats-Unis, et à 64% en Chine. Les chiffres tombent à 33% en Argentine et à 10% au Pakistan. Cette situation est due à un défaut d’institutions légales de qualité dans certains pays.

C’est d’ailleurs souvent parce que les actifs (maison, entreprise) des personnes les plus pauvres ne sont pas enregistrés dans les systèmes légaux que les banques refusent de les considérer comme des sécurités collatérales dans l’allocation de prêts.

Dans ce contexte, on peut imaginer que les jeunes travailleurs des pays émergents seront les plus à même de tirer bénéfice d’une monnaie digitale décentralisée, mais aussi les plus aptes à la comprendre et l’utiliser : ils savent gérer les problèmes de volatilité et sont habitués à jongler entre les taux de changes.

Cependant, cela ne signifie pas que l’adoption du bitcoin soit évidente. En Chine, malgré une communauté de développeurs et d’investisseurs enthousiastes, la demande pour le bitcoin ne se matérialise pas. Les consommateurs ont peu d’incitations à changer leurs habitudes car le gouvernement maintient les charges d’échanges extrêmement basses et il existe d’autres méthodes de paiements en ligne efficaces.

On pourrait imaginer que les Chinois chercheraient des méthodes pour contourner les restrictions d’échanges à l’international. En réalité, elles existent déjà. Bien qu’illégales, elles sont tout à fait tolérées par le gouvernement. La seule possibilité pour que la population trouve un intérêt dans le bitcoin serait une instabilité grandissante des banques. En Chine, la jeune génération d’actifs n’a jamais connu de crise bancaire comme en Occident. Ils ont une confiance totale –aveugle ?- dans ces établissements.

Heureusement, ils existent des modes de diffusion plus “doux”. Par exemple, Francesco Rulli, avec la fondation rattachée à son entreprise FilmAnnex, emploie des afghanes pour produire du contenu culturel sur internet. Il leur permet de gagner un revenu et de se former (code, blogs, production, rédaction), leur offrant liberté et indépendance. Comme elles n’ont pas le droit d’avoir un compte en banque à leur nom, il les paie en bitcoin ce qui leur permet d’acheter des produits sur Amazon, comme des ordinateurs. Le chef d’entreprise crée ainsi une véritable mini-économie en bitcoin. Pour finir, rappelons que l’un des succès les plus représentatifs de ces start-ups qui cherchent à aider les populations grâce au bitcoin reste le système de paiement par mobile. Elles s’appellent BitPagos en Argentine ou BitPesa au Kenya, et permettent avec un téléphone de faire des virements partout dans le monde, offrant des possibilités inédites au milliards de personnes exclues du système bancaire.

La « Blockchain 2.0 » permettrait d’étendre l’usage de la technologie à de nombreux autres domaines d’application

L’un des développements majeurs de la réflexion au sujet du bitcoin est de considérer que la monnaie n’est qu’une utilisation possible de la technologie et de la structure, qu’est la Blockchain. Il est possible d’imaginer de nombreuses utilisations basées sur ce système décentralisé de légitimation et vérification de transactions. L’idée qui a ouvert la voie à cette réflexion est un système de paris sûrs et impartiaux. L’’entreprise SatoshiDice utilise les hashs aléatoires de la Blockchain comme résultats de mini-paris sur le réseau. Le succès a été fulgurant et l’entreprise fut revendue pour 126 000 BTC, soit plus de 11 M$. Les applications possibles de la technologie blockchain sont multiples. L’idée qui émerge actuellement est celle des contrats intelligents. Dans le secteur de l’assurance, on remplacerait les avocats par un système de critères automatiques et de comptes d’escomptes autogérés. Un système équivalent permettrait la gestion des contrats de dérivés en finance.

La notion même de propriété pourrait être révolutionnée par l’association de la blockchain et de l’Internet des Objets.

Les projets se multiplient ! Ils sont de deux types : ceux qui souhaitent construire des programmes à ajouter à la blockchain existante et ceux qui ne veulent pas forcer le programme original à faire ce pourquoi il n’a pas été défini, préférant construire une nouvelle structure. Dans ce contexte, des concepts apparaissent, du type “DApp” pour “Decentralized Autonomous Application” ou “DAC” pour “Decentralized Autonomous Corporation” – cette technologie pourrait permettre la création d’applications ou d’entreprises autogérées.

Existe-t-il un projet qui serait la synthèse de tous ces concepts ? C’est en tout cas ce que revendique Ethereum, la compagnie qui cherche à créer une nouvelle blockchain. Elle fonctionnerait comme une plateforme ouverte sur laquelle toutes sortes de projets et d’applications pourraient être installés. Son créateur, Vitalik Buterin, cherche à créer une sorte d’“Android pour monnaies virtuelles” afin d’inspirer de nouveaux projets.

Un autre projet se distingue, il illustre une autre interprétation des possibilités de cette technologie. Ripple a été fondé par Jed McCaleb, le créateur de Mt. Gox. Ce projet vise à simplifier le système financier classique en créant une chaîne utilisée par les fournisseurs de services financiers. Cela leur permettrait d’échanger instantanément des “jetons” (“token”) pour réaliser des échanges de monnaies réelles. Ce système n’émettrait pas de nouvelle monnaie, la seule incitation des acteurs à maintenir la chaîne à jour serait simplement de garantir le bon fonctionnement des échanges.

Il faut garder à l’esprit que de nombreux problèmes émergent de tous ces nouveaux projets : dans le cas de nouvelles chaînes, comment émettre de la monnaie et gérer la chaîne sans créer des incitations biaisées ? Alors qu’il n’existe pas de réglementation claire pour le bitcoin, comment gérer tous ces projets connexes ? Est-il simple, et raisonnable, de confier la gestion et l’interprétation de contrats au système ? Enfin, les développeurs n’iraient-ils pas trop vite ?

Nicolas Cary, le CEO de Blockchain.info explique : “c’est comme si nous étions Henry Ford et que nous travaillions sur cette incroyable nouvelle invention, la voiture, mais qu’avant même de commencer à produire le modèle T, nous nous mettions à nous dire « Et si on construisait une fusée ? »”.

Face au développement et au gain de valeur du Bitcoin, les autorités financières et étatiques cherchent à comprendre comment gérer et sécuriser ce nouveau système.

Le Bitcoin a été lancé en 2008, dans le sillage de la crise financière globale. Huit ans plus tard, où en est-on en terme de régulation, de légitimation et d’acceptation sociale ? Pour saisir l’importance de cette question, retournons en 2014, lors de l’effondrement de Mt. Gox. Pendant la crise, Gavin Andresen, développeur choisi par Satoshi Nakamoto comme responsable de la gestion du code source, confie à la communauté son niveau de stress élevé, son besoin de dormir et son sentiment face au fait que tout le système repose sur lui et ses quatre compagnons : c’est “impossible”. Lors de la chute de Mt, Gox, cinq personnes ont dû gérer un choc qui a fait baisser le prix du bitcoin de 32%, détruisant 3 milliards de dollars de valeur. Si un événement d’une telle ampleur arrivait à une monnaie officielle, c’est une armée d’experts qui serait déployée pour régler la solution et gérer la panique. Cette distorsion gigantesque montre le besoin évident de mettre en place une réglementation pour la monnaie virtuelle. Ceci dit, il ne faut pas oublier que l’équipe de développeurs en charge est soutenue par une communauté extrêmement solidaire, organisée et formée qui échange et s’entraide durant les crises. Quels que soient les problèmes du bitcoin, “dix milles cerveaux brillants travaillent dessus”.

Mais comment contrôle-t-on un système décentralisé ? Pour en comprendre la difficulté, on peut utiliser l’analogie de l’étoile de mer, développée par Brafman et Beckstrom. Lorsqu’une branche est coupée, elle repousse et le membre isolé est capable de reformer une nouvelle étoile. L’étoile de mer n’a pas de centre de contrôle, elle n’a pas de point vulnérable. Les régulateurs ne trouveront donc pas d'interlocuteurs avec qui traiter ou négocier.

Plusieurs tentatives de régulations ont eu lieu : en juillet 2014, la Banque Européenne a émis un avis qui dissuadait les entreprises d’interagir avec la monnaie virtuelle. Aux Etats-Unis, le Département des Services Financiers a publié une proposition de BitLicense qui tentait d’imposer des conditions de surveillance (anti-corruption, blanchiment, terrorisme, etc.) La communauté du bitcoin s’est sentie discriminée par cette proposition car elle s’adressait spécifiquement au bitcoin et non pas à l’ensemble du secteur. Les Bitcoiners, les plus influents ont réussi à faire reculer la proposition.

Face à ces tentatives de réglementation, les entreprises/start-ups se sont délocalisées dans les paradis fiscaux, comme les Caraïbes ou l’île de Jersey. C’est également ce qui est arrivé en Chine, où suite à des mesures sévères, les entreprises se sont déplacées à Hong-Kong, puis à Singapour.

La réaction de la communauté à ce mouvement global de réglementation est ambivalente. Certains estiment qu’il apporte sécurité et légitimité tandis que d’autres refusent la prise de contrôle de cette technologie libertaire. Par exemple, en analysant le pire crash du réseau, – et sûrement le plus grand vol de bitcoins –, celui de Mt. Gox, des experts expliquent que le problème ne résidait pas seulement dans le manque de régulation, mais dans la nature du site qui était une institution du “monde ancien”, un service centralisé ou, littéralement, tout reposait sur un seul homme, Mr Karpelès.

Cette frange de la communauté qui refuse les risques de centralisation s’est lancée dans un projet de Dark Wallet qui divise les transactions et les fait passer par une multitude de portefeuilles pour en limiter le traçage. C’est donc en ce moment que se joue l’avenir du bitcoin. La monnaie sera t-elle institutionnalisée ou restera t-elle indépendante, sera t-elle régulée ou incontrôlable ?

Le bitcoin annonce de grands changements : vers une nouvelle « nouvelle économie » ?

Les crypto-monnaies vont apporter de grands changements dans nos habitudes. Ces technologies débarquent dans des sociétés elles-mêmes en évolution permanente sous l’effet d’Internet. Dans ce contexte, quelles sont les forces qui influenceront l’avenir du bitcoin ?

La plus importante est celle de la répartition du pouvoir économique. Centralisation et décentralisation s’affrontent sans forcément s’opposer. Les auteurs évoquent une ère « d’über-centralisation ». D’un côté, on assiste à une concentration grandissante des richesses, celle-ci atteint les niveaux exceptionnels d’avant la Seconde Guerre Mondiale. D’un autre côté, de nombreux secteurs sont perturbés par l’émergence d’une économie collaborative et de partage. Chaque personne ayant une compétence ou un actif à faire fructifier peut le faire librement sans avoir à s’engager avec une entreprise.

Si “aucun Bitcoiner ne considére Google ou Facebook comme des entreprises décentralisées”, ce sont ces entreprises qui sont néanmoins à l’origine de la décentralisation de la publicité, de la communication et du savoir. Y aura-t-il un choc entre ces deux tendances ? Une réponse possible a été apportée par David Johnston, CEO de MasterCoin : “Tout ce qui peut être décentralisé sera décentralisé”.

Pour les entreprises face au bitcoin, aux progrès technologiques et à la décentralisation, trois stratégies sont possibles :

1. ne rien faire – stratégie perdante de Kodak face aux caméras digitales ;

2. essayer de les détruire à force de lobbying ;

3. essayer de coopérer.

Dans les faits, les entreprises mènent plutôt les trois stratégies de front mais à différents degrés. Par exemple, le CEO de MasterCard, Ajay Banga déclare que “le monde ne manque pas de monnaies, pourquoi en ajouter ?”, dans le même temps, son entreprise est investie massivement dans une stratégie digitale et est le partenaire clef d’Apple pour intégrer les paiements mobiles à l’iPhone.

On assiste à une multiplication des projets visant à fluidifier les expériences de paiement en ligne basées sur le système de monnaie classique. Cependant, les charges et les obligations légales liées au système financier actuel restent élevées, menaçant la profitabilité des entreprises engagées. Par ailleurs, n’y a-t-il pas une incohérence ? D’un côté, des entreprises et des modes de production toujours plus décentralisés et de l’autre, un système monétaire qui resterait centralisé ? L’idée d’une évolution naturelle cohérente pencherait plutôt du côté des monnaies virtuelles mais qu’adviendra-t-il des banques ? Dans le système monétaire du bitcoin, les banques ne pourraient plus créer de monnaie par le crédit et leur fonction essentielle serait menacée. Pour les individus, cela signifie qu’il n’existerait plus de risque d’inflation mais également plus de moyen de recourir au crédit, qui est pourtant vital dans une économie. La solution réside sûrement dans les crédits en « peer-to-peer ».

Qu’adviendra-t-il des Etats ? Ils tirent une grande partie de leur pouvoir dans leur droit à battre la monnaie et collecter les impôts. C’est ainsi qu’ils financent leur fonctionnement, les investissements publics et l’administration. Aux yeux des libertaires ou des anarchistes qui peuplent les rangs des adeptes du bitcoin de la première heure, c’est aussi comme cela qu’ils financent les guerres, les colonisations et les restrictions de liberté. Les Etats décideront-ils d’émettre leur propre monnaie virtuelle ? Ces questions se posent pour la première fois depuis des siècles, et leur réponse dépendra en grande partie de l’opinion publique et de son soutien. Qu’adviendra-t-il des milliers d’emplois dans le secteur financier, puis dans tous les secteurs qui seront complètement modifiés par l’arrivée de la blockchain ? D’après Chris Dixon, investisseur, l’important sera d’expliquer la situation avec un discours cohérent et prometteur. D’après Daniel Larimer, entrepreneur, cela permettra de créer des emplois de meilleure qualité pour l’ensemble de la société. Pour finir, peu importent les discours, l’important est de garder à l’esprit que le bitcoin arrive avec des conséquences importantes pour l’économie et la société dans son ensemble, et qu’elles sont trop importantes pour se passer d’un débat public ouvert et informé. Seule une réglementation prudente et fiable permettra de garantir un avenir ou les start-ups d’hier ne deviennent pas des monstres centralisés à l’avenir.

Conclusion

En conclusion, le bitcoin est une innovation qui apportera d’immenses changements à notre organisation sociale dans un futur relativement proche. Il est impossible de dire aujourd’hui quel scénario se met en place. Les monnaies virtuelles vont-elles s’effondrer ou deviendront-elles la norme ? Une vision plus nuancée serait d’imaginer que la blockchain deviendra la structure supportant les activités du système financier tel qu’on le connaît. On imagine même l’apparition d’un “digital dollar” et de nouveaux accords de Bretton Woods pour réglementer cette technologie. Dans tous les scénarios, les individus/utilisateurs seront finalement les principaux décideurs de la voie à suivre, s’ils ont les moyens de réaliser les conséquences des décisions à prendre

Ce qu’il faut retenir de la lecture de ce résumé :

· l’argent est un étalon de valeur, c’est une invention sociale basée sur la confiance ;

· le bitcoin, héritier de nombreuses tentatives de création d’une monnaie digitale, a émergé dans le sillage de la crise financière de 2008 ;

· depuis 2008, une communauté se façonne autour du bitcoin, créant des liens de culture et de confiance qui permettent l’expansion de la monnaie ;

· le développement du bitcoin évoque des montagnes russes, entre expansion et volatilité ;

· la construction de la blockchain est un effort collectif d’après un protocole défini par le créateur Satoshi Nakamoto ;

· l’intérêt grandissant pour le bitcoin modifie les comportements des utilisateurs qui se professionnalisent et soulève de nouvelles interrogations sur la sécurité du système ;

· il existe aujourd’hui un mouvement entrepreneurial qui alimente la création de valeur autour du bitcoin ;

· le bitcoin offre des opportunités pour les personnes exclues du système bancaire actuel ;

· la “blockchain 2.0” permettrait d’étendre l’usage de la technologie à de nombreux autres domaines d’application ;

· face au développement et au gain de valeur du bitcoin, les autorités financières et étatiques cherchent à comprendre comment gérer et sécuriser ce nouveau système ;

· le bitcoin annonce de grands changements : vers une nouvelle « nouvelle économie »?

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