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 Messy ......

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MessageSujet: Messy ......   Mer 28 Juin - 14:32

Messy

En lisant ce résumé, vous apprendrez que le désordre, en tant que désorganisation, improvisation, confusion, ambiguïté ou encore imperfection, est beaucoup plus bénéfique que vous ne le pensez, et a des effets positifs à la maison, au travail, en cours et au-delà.

Vous apprendrez également que :

- la créativité est souvent le fruit des contraintes et du hasard ;

- au travail, ce sont les équipes les plus hétérogènes qui réussissent le mieux ;

- l’important est moins le fait que votre bureau soit rangé ou non, que le fait que vous l’ayez décidé ou non ;

- le désordre et la confusion sont très efficaces pour battre ses adversaires politiques, militaires ou les hommes d’affaires ;

- vouloir tout mesurer et quantifier est impossible et contre-productif face à la complexité du XXIe siècle.

Si Tim Harford s’intéresse au désordre et à ce qui y est lié (les imperfections, incohérences, ambiguïtés, l’improvisation), ce n’est pas parce qu’il le considère comme une panacée, mais plutôt parce qu’il trouve qu’il n’est pas assez célébré. Ce désordre est en effet souvent à l’origine de nombreux succès artistiques, professionnels ou personnels, et nombreux sont ceux qui l’ignorent.

L’auteur cite l’exemple du pianiste américain Keith Jarrett, qui a dû se résoudre à jouer, durant un concert, d’un instrument non conforme à celui qui était prévu. Les conditions n’étant pas optimales, l’artiste y a d’abord été réfractaire. Sous la pression de l’organisatrice, il a cependant fini par s’y résoudre. La performance s’est finalement avérée mémorable, et l’album qui en a été tiré, “The Köln Concert”, a battu tous les records en se vendant à 3,5 millions d’exemplaires.



Les bénéfices des contraintes et du hasard sur la créativité

Le désordre peut et doit être planifié, car il forme un terreau fertile à la créativité.

Dans le cas de David Bowie, Iggy Pop et de leur comparse Brian Eno, c’est un fait avéré. Alors que l’inspiration vient à manquer, Eno introduit un élément inattendu à leurs sessions de travail : les stratégies obliques. Ces dernières, en réalité de simples cartes, forcent les musiciens à travailler sur des aspects qu’ils n’auraient normalement pas envisagés. Concrètement, cela consiste à tirer une carte au hasard et à se conformer aux instructions inscrites dessus. Par exemple, l’un des guitaristes de Bowie, Carlos Alomar, est intimé durant une session de se détourner de son instrument de prédilection, et de jouer de la batterie. D’autres instructions préconisent de “prêter attention à l’ordre dans lequel vous effectuez les choses”, ou de ne mettre l’accent que sur “une partie, pas l’ensemble”.

Pour pénibles et frustrantes pour les musiciens que soient ces stratégies obliques, elles ont permis de produire la trilogie berlinoise de Bowie : “Low”, “Heroes”, et “Lodger” (initialement appelé “Planned Accident”), trois albums acclamés par les critiques. Ce climat d’effervescence a d’ailleurs aussi profité à Iggy Pop, qui produit deux de ses meilleurs albums entre 1977 et 1979.

Les effets bénéfiques du désordre — ici, le hasard — s’en ressentent aussi dans d’autres domaines. Ainsi, en 2014, lorsqu’un mouvement social paralyse une grande partie du métro londonien, des chercheurs s’aperçoivent que certains usagers conservent leurs itinéraires de substitution, alors même que la grève est terminée. Les passagers, loin d’avoir d’emblée des habitudes parfaitement optimisées, ont découvert, à la faveur de cet épisode et de la contrainte qui leur a été imposée, des trajets plus rapides, moins chers ou préférables à leur itinéraire habituel.

Par ailleurs, alors qu’un travail de qualité est souvent associé à la capacité à se concentrer, il semblerait que les personnes souffrant d’un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sont plus créatives que des individus lambda.

Le point commun qui relie ces exemples est la constatation que les habitudes favorisent l’ennui, alors que le désordre, les distractions et les contraintes engendrent, au contraire, un regain de créativité. Ces dimensions sont en effet propices à une prise de recul et de hauteur, en forçant l’individu à sortir de sa zone de confort.

C’est ainsi que les étudiants tapant leurs cours en Comic sans MS obtiennent de meilleures notes que les autres. Cette police d’écriture en apparence déroutante, voire ridicule, les force en effet à ralentir leur rythme de lecture, et à prêter davantage d’attention à ce qu’ils lisent.

Ce regain de vigilance, engendré par le désordre et le fait d’innover, est aussi bénéfique dans le domaine scientifique. Les scientifiques faisant plusieurs fois au cours de leur carrière des découvertes importantes sont ceux qui changent régulièrement de sujet d’étude. Autrement dit, la clé de leur productivité réside dans ce changement, ou dans le fait de mener différents projets de front. L’auteur parle ici de synergies (“cross-pollinated activity”). Des exemples existent aussi dans le commerce, comme dans l’entreprise 3M (Minnesota Mining and Manufacturing), l’une des plus innovantes au monde, qui force ses ingénieurs à changer tous les ans de département.

Concrètement, le fait de travailler sur plusieurs projets à des stades d’avancement différents a plusieurs avantages. Si les connaissances acquises durant un projet peuvent servir à débloquer (directement ou non) la situation ailleurs, cela est aussi un bon moyen de tromper l’ennui, et de renouveler sa motivation.


Le travail d’équipe : la diversité triomphe toujours de la pensée standardisée

En matière de travail en équipe, le mieux est l’ennemi du bien. Par exemple, une équipe composée de gens intelligents ne produira pas forcément un résultat optimal. En effet, dans une telle situation, chaque membre a tendance à museler son esprit critique, car il présuppose que la tâche ses collègues ont déjà donné leur avis, et pour éviter de détériorer l’ambiance de travail par d’éventuelles dissensions.

Ce phénomène, appelé pensée de groupe (“groupthink”) par la psychologue Irving Janis, peut être défini comme le processus qui amène des individus de même tempérament à prendre des (mauvaises) décisions sans y réfléchir sérieusement.

Dans un groupe, il vaut mieux privilégier la diversité à la compétence, car un individu réfléchit plus en profondeur lorsqu’il craint qu’un tiers remette en question ses dires. Par exemple, les chercheurs ont montré que les sujets écrivent mieux des dissertations et font preuve de plus de logique dès lors qu’ils savent que leur prose sera lue par une personne aux convictions politiques opposées aux leurs.

De même, au sein d’une équipe de quatre brillants statisticiens, l’ajout d’un économiste ou d’un sociologue médiocre produira un meilleur résultat global que l’ajout d’un autre brillant statisticien. Alors que dans une équipe composée de profils similaires, ils auront tous tendance à buter au même moment sur les mêmes problèmes, une équipe comprenant une personne au profil moins conventionnel sera plus efficace, cette dernière étant peut-être capable d’y voir plus clair.

Ce phénomène est redondant. Lors d’expériences menées par des chercheurs, les membres d’équipes composites n’étaient pas sûrs de leurs bonnes réponses à un test donné, alors que celles constituées d’un groupe d’amis étaient beaucoup plus confiantes, à tort.

Malgré ces démonstrations scientifiques et le fait qu’il n’a jamais été aussi facile de rencontrer des gens différents, lorsqu’il faut choisir entre cohésion et ouverture, l’Homme opte pour la première.

Les chercheurs se sont par exemple intéressés à la diversité des réseaux d’amis chez les étudiants, en fonction de la taille de l’université. Ils pensaient que les personnes qui étudient dans des campus de taille importante auraient un réseau d’amis plus variés que les étudiants des universités plus petites. L'analyse a révélé que cette intuition était fausse. Sur les grands campus, les étudiants ont en effet tout le loisir de trouver leurs semblables. “A contrario”, sur les campus plus petits, les étudiants sont forcés de devenir amis avec des gens différents, et ces amitiés sont plus intenses et durent plus longtemps que les autres.

Face à un tel constat, que faire ? Pour l’auteur, il est primordial de se focaliser sur l’acquisition de personnes pouvant connecter les équipes en interne. Plus fondamentalement, il faut aussi cesser de se concentrer sur l’harmonie d’équipe (“team harmony”), et faire en sorte de valoriser l’harmonie des buts (“goal harmony”). Autrement dit, il ne faut pas perdre de vue l’objectif, qui est d’atteindre un but en commun, plutôt que de maintenir coûte que coûte une bonne ambiance entre les membres de l’équipe. Enfin, pour consolider les relations entre membres d’une équipe, il faut leur donner une tâche où la coopération est nécessaire pour surmonter un obstacle donné.

Les lieux de travail : “empowered offices”, chaos et créativité

Le désordre a aussi des vertus sur le lieu de travail : la façon de ranger son bureau a évidemment un impact sur la productivité. Toutefois, les bureaux propres et bien rangés ne sont pas les garants d’un accroissement du bien-être et donc de la productivité, bien au contraire. Pour être plus précis, ce qui importe est moins le caractère désordonné du bureau ou non, que la possibilité de l’agencer à sa guise. C’est l’“empowered office”.

Ces vertus du désordre — ou en tout cas de ne pas le considérer comme négatif — sont aussi applicables à l’architecture du lieu de travail. L’exemple en est d’un bâtiment du MIT, pensé à la va-vite et construit en 1943. Ce Building 20 a abrité sous son toit des génies de l’innovation technologique, comme l’ingénieur Amar Bose, créateur de la marque d’enceintes éponyme. Quel est donc le secret de cet étonnant bâtiment ? Sa propension à réunir des gens qui n’auraient jamais dû se croiser.

Il faut dire que la numération des bureaux est particulièrement chaotique, les personnes qui le fréquentent s’y perdent constamment. De plus, comme le bâtiment est plutôt bas, et étendu, les employés ont tout le loisir de continuer leur conversation avec un inconnu dans les longs couloirs, ce qui est impossible dans un ascenseur moderne.

L’autre raison du succès du Building 20 est que l’espace est facilement reconfigurable. Les tuyaux et les câbles transportant l’eau, transmettant le téléphone et l’électricité sont à découvert, ce qui n’est certainement pas très esthétique, mais en revanche très pratique. Plus précisément, l’important n’est pas tellement qu’il soit possible de manipuler ces installations, mais plutôt le fait que les personnes travaillant dans ce bâtiment se sentent libres de faire les modifications qu’elles souhaitent.

Les dirigeants du MIT de l’époque n’avaient pas perçu le potentiel de ces chercheurs travaillant sur des projets sous-estimés, de ces étudiants passionnés d’électronique. D’où le fait qu’on les ait cantonnés dans ce bâtiment à coûts restreints, et qu’ils aient eu toute latitude de faire ce que bon leur semblait.

Cette diversité a en tout cas eu des conséquences plus que positives.
L’improvisation, ou comment éviter de se retrouver prisonnier du script

Quel est l’intérêt d’improviser ? Cela permet de gagner du temps, de l’argent et de la flexibilité : il est beaucoup plus rapide et moins cher d’improviser que de suivre un script, ou que de rédiger une partition.

Plus concrètement, l’improvisation permet de se laisser aller, comme le dévoilent les scanners — via imagerie par résonance magnétique fonctionnelle — d’un cerveau en train d’improviser. Lorsque quelqu’un improvise, la part de son cerveau qui fait de lui un humain — par rapport aux animaux — le cortex préfrontal, ou plutôt une partie, s’éteint, ce qui dénote l’arrêt du contrôle conscient.

Comment apprendre à improviser ? Paradoxalement, il faut s’entraîner, ce que chacun fait chaque jour en conversant avec autrui. Il faut aussi être prêt à prendre des risques, en comprenant que suivre un script donné est parfois s’enfermer soi-même dans une camisole dont il faut savoir se débarrasser. Le meilleur exemple est le discours “Normalcy, Never Again” de Martin Luther King, que l’Histoire retiendra sous le nom de “I Have a Dream”. En cette journée d’été 1963, le docteur King réussit brillamment à se détacher de son script, car il a tant pratiqué ses talents de conteur par le passé, tant mémorisé et travaillé de discours.

Le désordre peut servir à gagner une guerre, en politique et en affaires

Le général Rommel a fait, durant toute sa carrière (première et seconde guerre mondiale), du désordre un atout. Il a appris à désarçonner l’adversaire par ses attaques en apparence peu pertinentes, mais qui embrouillent l’ennemi. Après coup, il appartient à Rommel de tirer parti de cette confusion pour improviser et créer des opportunités.

Cette stratégie a un nom : la boucle OODA — pour observer, orienter, décider et agir — théorisée par un général américain de l’armée de l’air à la retraite, John Boyd. Pour lui, le chaos peut et doit s’employer comme une arme. Grâce à ce processus, il est possible de désorienter son adversaire, de le forcer à s’arrêter et à se demander ce qu’il se passe, ce qui représente un avantage. Faire cela en continu permet de paralyser son opposant dans sa confusion.

Cette stratégie s’applique bien au-delà du champ de bataille. Si Donald Trump a bien failli être pris dans les filets de ses adversaires, il a aussi réussi à rebondir à chaque fois grâce à sa capacité à changer de sujet, quitte à ne pas participer à un débat-clé, par exemple. Sa faculté à dicter aux médias et à ses opposants leurs dates de rencontre, ainsi que sa tendance à la rapidité plutôt que la perfection ont porté leurs fruits.

Le monde des affaires peut aussi bénéficier de cette stratégie, comme le montre l’exemple de Jeff Bezos d’Amazon. Ce dernier a, contre l’avis général, décidé en 1997 d’embrasser le chaos potentiel de la vente de livres en ligne, alors que la librairie Barnes & Noble constituait un concurrent potentiel. Une tactique appliquée à nouveau contre Toys’R’Us ou Walmart.

Bezos a compris qu’il avait intérêt à s’immerger dans le chaos apparent de la vente de livres en ligne (quitte à perdre de l’argent dans un premier temps), et ce dans la mesure où il devait affronter des acteurs bien établis, et donc, par définition, frileux.

Les réactions lentes ou maladroites de ces derniers n’étaient, en effet, pas liées à une éventuelle sous-estimation du nouvel arrivant sur le marché : même après qu’Amazon soit devenu un acteur majeur de la vente en ligne, Bezos a de nouveau pris des risques en lançant son livre électronique Kindle en 2007, contrairement à Barnes & Noble, qui a préféré se cantonner à son cœur de métier. Un même scénario qui est d’ailleurs sur le point d’être rejoué, dans le domaine cette fois du “cloud computing”.

Dans un monde complexe, tout ne se mesure pas

Dans le monde complexe d’aujourd’hui, si la technologie donne à l’Homme, en théorie, les moyens de tout mesurer, ce n’est pas forcément pour le meilleur. Vouloir mesurer et quantifier le monde à tous les niveaux revient à prendre le risque de changer ce dernier, afin de l’adapter à des instruments de mesure. Par exemple, l’étude scientifique des forêts a favorisé la plantation d’une nouvelle espèce d’arbre, l’épicéa commun, au détriment de l’ancien chaos d’arbres divers et variés. Si celui-ci est plus facile à entretenir et à répertorier, une perte sèche de biodiversité est aussi à déplorer.

Dans le domaine de l’obstétrique, cette obsession pour les mesures a aussi des effets néfastes. Si le score Apgar, qui évalue la vitalité du nouveau-né selon plusieurs critères, a indéniablement des avantages, il peut aussi avoir des effets pervers. Les chefs des services d’obstétrique, qui souhaitent améliorer les scores de leurs unités, par exemple, pratiquent de plus en plus les accouchements par césarienne qui minimisent les risques pour le bébé, mais qui peuvent avoir des conséquences néfastes pour la mère.

De même, l’auteur prend l’exemple ubuesque des “report cards”, introduits au début des années 1990 à New York et en Pennsylvanie. L’objectif de ces dossiers était d’informer les patients, les compagnies d’assurance et les médecins généralistes sur les mérites des chirurgiens. Les bons chirurgiens étaient récompensés, et les mauvais sanctionnés — par une baisse de leur clientèle — ce qui devait les encourager à s’améliorer.

Malheureusement, loin de devenir plus consciencieux, certains chirurgiens ont préféré éviter les opérations de patients très malades, de peur que ces derniers meurent pendant l’opération et que leur “report card” en pâtisse. Au contraire, ils ont favorisé les opérations sur les patients ne nécessitant pas toujours une chirurgie.

Dans le domaine de l’éducation, les exemples de ces effets pervers abondent aussi : certaines universités américaines encouragent les étudiants — n’ayant aucune chance d’être admis — à postuler en trois clicks. Cela leur permet “in fine” de renforcer leur taux de sélectivité, et donc leur rang dans le classement des universités.

Les problèmes liés à la nécessité de tout mesurer sont nombreux. Comment expliquer qu’il soit si simple de mettre en place des objectifs aussi peu pertinents ? L’une des explications possibles est que ceux-ci reflètent des problèmes d’hier et non d’aujourd’hui. Le monde change en effet plus vite que les bureaucraties qui établissent ces objectifs. Par ailleurs, mesurer un aspect d’une chose, c’est en oublier un autre, par exemple : par un effet de silo, si un département d’une entreprise atteint ses objectifs chiffrés, ce peut être au détriment des autres départements.

Comment faire pour éviter de continuer dans cette voie manifestement sans issue ? Il existe bien les régulations financières de ces trente dernières années (Bâle I, II, III), qui sont allées en se complexifiant. Si elles montrent qu’il est possible d’avoir une approche fine au moment de fixer des objectifs quantifiables, elles ne sont pas pour autant la solution. L’échec de Bâle II est la preuve que rendre ces objectifs plus complexes n’évite pas forcément les tricheries, mais les rend plus difficiles et plus imprévisibles.

Il serait plus judicieux de mettre en place des réglementations imprévisibles, comme c’est déjà le cas avec les “stress tests” (évaluation des capacités de résistance des banques dans des situations économiques extrêmes). Il faudrait rendre ceux-ci imprédictibles, par exemple en demandant aux banques des informations sans leur dire ce qui va être évalué. D’une manière plus générale, il faut aller vers plus de hasard et d’ambiguïté dans ces contrôles.

De telles options rencontrent pourtant une certaine résistance, en raison, notamment, de la préférence de l’être humain pour le chemin balisé de procédures prédéterminées.
Le désordre humain protège des périls de l’automatisation

L’accident d’avion du Rio-Paris en 2009 et les conséquences du pilotage automatique, qui empêche les pilotes de faire la moindre erreur, est un bon exemple des dangers de l’automatisation. En effet, si le pilotage automatique tombe en panne, les pilotes — les plus jeunes — n’ont aucun moyen de s’en sortir, car leur entraînement comprend très peu d’heures de pilotage manuel.

C’est le paradoxe de l’automatisation, qui fonctionne selon trois principes :

- ces systèmes automatiques s’accommodent très bien de l’incompétence, car ils sont relativement faciles à manœuvrer, et corrigent automatiquement les erreurs. Quelqu’un d’incompétent peut donc conserver son poste pendant longtemps avant que son absence de savoir-faire apparaisse au grand jour ;

- même si la personne est experte dans son domaine, le fait d’utiliser des systèmes automatiques va progressivement éroder ses acquis, car elle n’aura plus besoin de s’entraîner ;

- ces systèmes automatiques tendent à tomber en panne dans les situations critiques et nécessitent une prise en main particulièrement adroite et technique.

De manière plus générale, l’automatisation corrige en permanence des petits désordres, mais crée occasionnellement un énorme désordre.

Un tel phénomène s’explique par la foi invétérée de l’Homme dans la technologie. Alors que le monde moderne est un chaos permanent, les algorithmes et autres systèmes automatiques s’obstinent à vouloir le remettre en ordre, au risque d’oublier les nuances qui le composent. Cela donne lieu à des absurdités telles que celle de cette Malaisienne, étudiante aux États-Unis, qui s’est retrouvée sur la no-fly list en raison d’une probable confusion sémantique entre un groupe terroriste (Jemaah Islamiyah) et une association professionnelle de Malaisiens ayant étudié à l’étranger (Jamaah Islah Malaysia).

En outre, cette automatisation est souvent présentée comme une option par défaut. Autrement dit, pour revenir en mode manuel (sur un GPS par exemple), cela nécessite souvent de se plonger dans le menu des réglages, qui n’est pas toujours simple à comprendre.

Dès lors, comment résister à la servitude de l’automatisation ? La façon de travailler de certains météorologues âgés est une piste : ces derniers effectuent leurs calculs à l’ancienne, avant de les comparer “a posteriori” avec les prévisions de l’ordinateur. Aussi, dans l’aviation, les pilotes pourraient piloter l’avion en mode manuel, en gardant l’ordinateur à portée de main, afin de l’utiliser en cas de problème.

Pour ce qui est des personnes chargées de surveiller les systèmes automatisés (drones militaires, trains à grande vitesse), afin d’éviter que l’ennui les empêche de faire des erreurs, il faudrait que ces derniers leur demandent régulièrement un “input” — même si celui-ci n’est “in fine” pas nécessaire. Autrement dit, il s’agirait de créer artificiellement de petits désordres pour que les opérateurs entretiennent leurs connaissances, qui leur sont essentielles dans une situation d’urgence.

Ce principe — forcer l’individu à se focaliser sur les petits désordres afin d’éviter les erreurs de taille — est aussi efficace dans un tout autre domaine : le design urbain. Les changements effectués au milieu des années 1980 sous la houlette d’un ingénieur urbaniste, Hans Monderman, dans un petit village des Pays-Bas, en est l’exemple. La signalisation (feux et autres panneaux) du village revenait chère, et était inefficace au regard de la mortalité sur les routes. L’ingénieur a donc décidé de prendre le contrepied de cette approche classique, et a décidé de supprimer ces panneaux, et de rendre la route moins accueillante pour les véhicules traversant le village. Son raisonnement était simple : alors qu’auparavant, la route était clairement délimitée, ses rebords étaient maintenant flous. Il devenait difficile de savoir quel espace était dévolu aux voitures, et quel espace était réservé aux piétons et aux enfants.

Face à une telle confusion et tant d’ambiguïté, les automobilistes n’ont paradoxalement pas eu d’autre choix que de prêter plus d’attention à leur conduite, ce qui a mené à une baisse du nombre d’accidents.

Ce concept de “shared space”, qui a été appliqué dans d’autres villes, permet de responsabiliser les conducteurs en les forçant à prêter attention aux autres usagers (piétons, cyclistes, etc.). Si de prime abord, une impression de désordre général se dégage, il reste en fait harmonieux, et les taux des accidents de la route s’en ressentent.


La propreté n’est pas nécessairement synonyme de bonne santé

Dans la nature, le désordre est aussi un signe de bonne santé. L’exemple en est du microbiote intestinal de l’Homme, qui est aujourd’hui moins sain qu’il y a 20 ans. La faute, notamment, aux antibiotiques, qui ont des effets délétères, car ils réduisent la diversité du microbiote. Ainsi, à compétences physiques et à régimes alimentaires égaux, les milleniums ont tendance à être moins minces que dans les années 1980, et ce en raison d’une diversité moindre des bactéries dans l’intestin.

Outre un recours plus fréquent et abusif aux antibiotiques, l’environnement immédiat de l’être humain est aussi beaucoup plus sanctifié et purifié de tous microbes et détruit des bactéries potentiellement utiles.

Enfin, la multiplication des césariennes aux États-Unis décroît aussi l’exposition aux bactéries des nouveau-nés, qui se transmettent de la mère à l’enfant, notamment lorsque ce dernier sort du ventre. Cela explique que les bébés nés par césarienne sont plus prompts à l’asthme et aux allergies, car ils possèdent moins d’immunités.

Pour l’auteur, la leçon à tirer de ce constat est claire : à force d’essayer de contrôler ou de ranger les éléments apparemment inutiles d’un système complexe, il apparaît rapidement que l’accessoire était en fait l’essentiel.

Si le désordre rend l’organisme plus sain et résilient, il en va de même pour les villes, comme le montrent les travaux de l’urbaniste Jane Jacobs. Ainsi, que ce soit au niveau micro (rues/quartiers) ou macro (réussite économique), les villes abritant une forte diversité réussissent mieux que les autres. En effet, les rues étant pleines de monde à n’importe quel moment de la journée, il est plus difficile de commettre certains délits. “A contrario”, dans les quartiers trop homogènes socialement, les heures creuses de la journée constituent autant d’opportunités pour les cambrioleurs.

Les bénéfices du rangement, de l’ordre et de la propreté sont surestimés, alors que les avantages du désordre sont souvent sous-estimés.

Conclusion

L’appréciation des bénéfices du désordre doit commencer dès l’enfance, via l’éducation. Pour cela, les jeux informels possèdent de nombreuses vertus, et équipent les enfants d’outils qui leur serviront tout au long de leur vie. Il faut y inventer des règles, accommoder les joueurs les plus faibles ou les plus jeunes, ce qui n’est ni possible ni nécessaire lors de jeux plus formels. De même, les espaces de jeux sont trop standardisés, et ne poussent pas les enfants à prendre des risques ou à être créatifs. Paradoxalement, ces espaces habituent les enfants à être peu soucieux, ce qui peut entraîner une recrudescence des accidents dans d’autres espaces moins sécurisés. Sur des terrains de jeux moins normés et potentiellement plus dangereux, les enfants feront plus attention à leurs faits et gestes, et ne se blesseront pas moins que dans les espaces classiques.

Ce qu’il faut retenir de la lecture de ce résumé :

- l’Homme à tendance à surestimer les bienfaits de la propreté, de la certitude et de la clarté, et à sous-estimer ceux du désordre, de l’ambiguïté, du hasard et des événements inattendus ;

- quantité d’exemples en sciences sociales, neurosciences et psychologie montrent que les qualités humaines valorisées —créativité et résilience — sont les produits du désordre et de la confusion apparente.


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