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 La guerre des intelligences

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MessageSujet: La guerre des intelligences   Sam 5 Mai - 11:30

La guerre des intelligences

En lisant ce koob, vous découvrirez comment l’intelligence artificielle (abrégée “IA”) est en passe de transformer le monde, et quelles sont les réflexions qu’il convient de mener dès à présent.

Vous comprendrez que :

- l’IA est en train de développer une puissance considérable grâce aux progrès techniques et au deep learning, qui la font passer de calculatrice géante à cerveau capable d’apprentissage ;

- il existe deux IA, l’IA faible et l’IA forte, et l’homme devra trouver sa place à leurs côtés ;

- l’IA est une rupture civilisationnelle qui a déplacé les centres de pouvoirs et place la richesse ailleurs ;

- le système éducatif, intégralement revu, s’appuiera sur les neurosciences, puis sur la neuro-éducation, avant qu’apparaisse la neuro-augmentation ;

- l’évolution de l’IA impose de réfléchir aux modalités de cohabitation entre humains et machines ;

- le transhumanisme et la conservation de l’humanité seront les sujets des débats de société de demain.

L’intelligence peut être définie comme l’aptitude à utiliser ses connaissances. C’est pourquoi l’éducation, cet outil de transmission des connaissances, voit son rôle évoluer avec l’arrivée des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), structurées autour d’Internet et de l’intelligence artificielle. Grâce à elles, les possibilités d’évolution de l’humanité n’ont jamais été aussi rapides ni aussi profondes. Une neurorévolution qui va bouleverser à court terme le monde, notamment en rendant obsolète le système éducatif en place. Déjà, la maîtrise des nouvelles technologies entraîne un clivage et les rôles sont inversés : l’adulte a désormais besoin d’être formé par le “jeune”. Une formation d’autant plus nécessaire que l’humanité doit apprendre à conserver son utilité dans un monde où l’IA s’annonce reine. Un combat qui s’annonce difficile !

L’IA, grâce au deep learning et à l’évolution des technologies, est en phase de développement

Aujourd’hui en pleine expansion, l’IA n’a eu besoin que de quelques dizaines d’années pour faire des progrès fulgurants. Quels sont-ils ?

Son origine remonte à Alan Turing et à son décodage d’Enigma. Son programme a posé les bases de l'IA en permettant pour la première fois à la machine de s’organiser toute seule.

Puis, en 1956, lors de la conférence de Dartmouth College, des chercheurs imaginent qu’il suffirait de quelques millions de dollars, de lignes de code et d’une vingtaine d’années de travail pour générer un équivalent du cerveau humain. Ils sont toutefois rapidement désillusionnés et les subventions diminuent.

Elles coulent de nouveau à flots à partir de 1995, lorsque de grands progrès émergent, comme la création d’une intelligence capable de gagner à des jeux — d’échecs ou de Go — contre des humains, ou de réaliser en quelques minutes des analyses médicales complexes.

Durant cette phase primitive, l’IA est davantage une calculatrice géante qu’un cerveau, puisque, contrairement à lui, elle ne sait pas appréhender une situation inconnue.

Il faut attendre l’avènement du deep learning pour que l’IA entame sa phase 2. C’est un système d’apprentissage nourri de millions de données, que traitent par couches successives des milliers de neurones numériques (ou transistors). Par l’agrégation de milliards de petits calculs, la machine approfondit sa compréhension.

Dès lors, les chercheurs passent de la programmation d’un ordinateur à son éducation. Ce faisant, ils se voient obligés de gérer toutes les problématiques liées au rôle et à la responsabilité de l’éducateur dans l’inculcation de valeurs morales.

Cet essor de l’IA a été rendu possible grâce à l’évolution des capacités des ordinateurs, prophétisée par la loi de Moore (1965). Ce dernier avait prédit la croissance exponentielle de la puissance des circuits intégrés, et celle-ci se poursuit encore. De fait, la puissance informatique maximale disponible a été multipliée par 100 millions de milliards en 80 ans, et croît toujours.

L’IA ouvre de nombreuses perspectives d’avenir, mais aussi de lecture du passé :

- les origines de la planète ;

- les origines de la vie ;

- les origines de l’homme.

Ces perspectives incroyables donnent à l’humain un pouvoir infini, dont il va falloir apprendre à user avec sagesse.

À quoi l’IA va-t-elle servir ?

Qui va-t-elle servir ?


L’IA peut déjà remplacer l’homme pour de nombreuses tâches et, bientôt, elle lui permettra de surpasser sa condition

Les grands acteurs de l’IA sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Ils puisent leurs informations dans les données des consommateurs. Ces derniers, en utilisant leurs systèmes, délivrent gratuitement et quotidiennement leur matière au fil des usages. À quelle fin récoltent-ils ces données ?

L’Europe, ne sachant pas quelles allaient en être les conséquences, a freiné l’exploitation de ces données, forçant ces grands acteurs à se développer loin du vieux continent. La justification de l’IA s’est donc faite “a posteriori”.

Les données, récupérées par les GAFA, représentent désormais une fortune numérique, à la base de la création d’une nouvelle ère, celle de l’IA.

À quoi celles-ci leur servent-elles, concrètement ?

À créer deux formes d’IA :

1. l’IA faible, existante. Elle est cantonnée à un domaine déterminé et agit sous contrôle humain ;

2. l’IA forte, potentielle. Elle peut se développer par elle-même et échapper au contrôle de l’homme.

L’IA faible est problématique puisqu’elle peut remplacer l’homme aussi bien pour des tâches peu qualifiées que pour d’autres, qualifiées : conduite, ingénierie, médecine, etc. Elle concurrence et surpasse le cerveau humain.

L’homme est d’ores et déjà dépendant de l’IA — smartphones, connexion Internet — pour la performance de ses services, mais aussi parce qu’elle seule est désormais capable de traiter le flot de données générées. Actuellement, le seul moyen de rester maître de l’IA est d’utiliser l’IA.

Celle-ci prend une telle place dans la vie de chacun que les projets transhumanistes émergent. Ceux-ci donneraient à l’homme des pouvoirs quasi illimités lui permettant de transcender sa condition humaine.

Par exemple, Facebook parle de connecter le cerveau humain à un système informatique grâce à des casques cérébraux, et vise même la mise au point d’appareils télépathiques.

Dans bien d’autres domaines, les neurotechnologies se développent et incitent à des discours alarmistes ou optimistes sur des questions d’éthique.

L’IA est une rupture civilisationnelle que doivent considérer avec attention les hommes politiques

Le transhumanisme se développe à grande vitesse. Il est prévu d’hybrider les cerveaux avec des nanocomposants électroniques, voire de lâcher la bride à l’IA forte. Quelles conséquences cela aurait-il pour l’être humain ?

L’homme augmenté pourrait supprimer les limites de son humanité — fin des maladies, création contrôlée de la vie — et se rendre maître de sa nature. L’un des objectifs affichés des développeurs de l’IA est ainsi l’abolition de la mort. Pour cela, ils appellent à la libération de l’IA forte, qui collaborerait avec des experts humains.

Un constat émerge : plus qu’un bouleversement économique, l’IA amène une rupture civilisationnelle. En effet, le futur de l’homme est désormais façonné par les GAFA et BATX, plutôt que par les dirigeants politiques, qui ne maîtrisent que peu, voire rien, de ces avancées technologiques.

Sans compter que les grands capitaines d’industrie à l’origine de cette rupture ont imposé une nouvelle vision : le “philantrocapitalisme”. Celui-ci consiste à investir leur fortune dans la recherche, la médecine et la science.

Par exemple, grâce à sa fondation, Bill Gates aurait sauvé, depuis 2000, plus de dix millions de vies humaines.

Ainsi, peu à peu, les centres de pouvoir se déplacent et la loi devient anachronique, les individus ayant une influence sur le futur de l’humanité étant actuellement hors politique. Il est donc du devoir de la politique de se réapproprier ces réflexions, afin de pallier une perte de contrôle définitive.

Réglementer l’IA et, pour cela, bien la connaître, est la tâche des politiques s’ils veulent conserver un pouvoir — ou contre-pouvoir — face aux puissances privées.

Le contrôle de l’IA est un point clé de l’évolution humaine. Il passe par une complémentarité avec l’homme. Pour ce faire, l’éducation doit être mise au centre des préoccupations et l’Éducation nationale doit être réformée. En effet, il devient indispensable de développer des compétences subsidiaires à l’IA — esprit critique, empathie, sens — pour permettre une collaboration fructueuse.

Il est urgent de s’intéresser à l’intelligence, nouvelle richesse ultra convoitée

Étymologiquement, l’intelligence est la capacité à trier des éléments et à les lier entre eux. Elle permet de mettre les idées en relation pour concevoir le réel. Mais est-elle la même pour tous ?

Nous ne sommes pas tous égaux en intelligence, comme le prouvent les tests de QI qui n’en sont qu’une évaluation partielle. Ils ne mesurent qu’une forme d’intelligence : la capacité à résoudre des problèmes abstraits par la langue ou les mathématiques. C’est celle-ci qui est retrouvée chez les personnes qui ont réussi professionnellement et chez les instigateurs des nouvelles technologies.

Toutefois, le cerveau reste un grand mystère, que sondent les neurosciences. Il mémorise l’information (stockage des données), la traite et crée du sens. Ce qui le distingue et fait sa valeur est sa capacité à se réorganiser pour s’adapter à une situation nouvelle. Aussi, comprendre le cerveau, pour le contrôler, l’augmenter, le modifier, etc., est un enjeu majeur du siècle.

Or pour cela, il est nécessaire d’acquérir l’intelligence. Une intelligence qui, avec le numérique, entre en corrélation d’autant plus forte avec la réussite sociale : sont désormais valorisés les individus capables de créer des IA. Par conséquent, si les algorithmes créent la richesse, le QI des salariés capables de les générer acquiert d’autant plus de valeur.

Par exemple, les 55 salariés de WhatsApp ont créé plus de valeur en 4 ans que les 194 000 salariés de Peugeot en 210 ans.

Les différences de QI ont donc un impact réel sur la société. Elles creusent des fossés entre les classes — les forts gagnent plus —, mais engendrent par ailleurs des problèmes de santé, car les plus intelligents travaillent dans des situations plus favorables (bureaux).

L’inégalité de l’intelligence pose un problème qu’il est temps de résoudre, d’autant plus avec l’avènement de l’IA qui accentue les différences.


’inégalité d’intelligence existe et l’ignorer n’est pas acceptable

L’éducation a un rôle prégnant à jouer dans le développement de l’intelligence. Le but du système scolaire est d’apprendre à un individu la réflexion, et de lui faire assimiler une succession de savoirs. Hélas, il arrive qu’il soit en échec. Entre en cause la question de l’intelligence. Est-elle une faculté innée ou acquise ?

Ce débat a été biaisé par deux idéologies :

1. le communisme qui croyait au tout culturel et à une rééducation par une dictature éclairée ;

2. le fascisme, qui misait tout sur les caractéristiques innées des races (supériorité ou infériorité).

Actuellement, la croyance veut que l’intelligence dépende de l’impact de son environnement sur le développement de l’enfant. Il résulterait de ses interactions en famille et à l’école, l’école ayant la tâche de réduire les différences. Hélas, les sociologues le disent : l’école reproduit les élites et les disparités demeurent.

L’impuissance du système éducatif peut avoir plusieurs origines :

- seulement 20% du temps passé à l’école ;

- une scolarisation à 6 ans trop tardive ;

- l’impact du cannabis consommé à l’adolescence ;

- le patrimoine génétique.

Le sujet est tabou, mais l’intelligence tient en effet de l’inné. Bien sûr, le mode de vie compte, mais l’ADN détermine 50% de l’intelligence, le reste étant à charge des facteurs précédemment évoqués. En effet, la plasticité du cerveau — sa capacité à évoluer, aptitude mesurée par le QI — est héréditaire.

Or à l’heure de l’IA, la différence de QI a un impact considérable, notamment au niveau de la capacité à appréhender les nouvelles opportunités. Si celles-ci semblent extraordinaires, elles creusent plus profondément le fossé entre les personnes qui en jouiront et celles qui seront dépassées. À la “fracture numérique” s’ajoute le “fossé cognitif”.

L’inégalité de l’intelligence est philosophiquement, moralement et politiquement indicible. Cependant, les évolutions de l’IA la rendront visible et obligeront à se pencher sur la question.



L’IA impose de nouveaux défis au monde du travail, à l’économie et aux États

Chaque mutation est accompagnée de la peur d’une perte massive d’emplois, mais contrebalancée par la création, grâce à l’augmentation de la productivité, de plus de travail. Au capital — machines, bâtiments, ressources — et au travail s’ajoute désormais l’IA. Quel impact cela aura-t-il sur la vie de tous les jours ?

Avec l’IA, les tâches routinières et qualifiées seront bientôt remplacées.

Par exemple, les orthodontistes sont dépassés par le savoir-faire de l’IA de la société Invisalign qui crée des traitements révolutionnaires.

Autre exemple, la médecine est déjà concernée, puisque l’IA de Google a prouvé qu’elle analysait mieux les lésions cutanées que d’éminents dermatologues. Grâce au programme Baseline de cette même entreprise, il est désormais possible de récolter un nombre jusque-là inaccessible de données, ce qui mène à une industrialisation médicale.

Ainsi, l’IA dépasse désormais l’homme non seulement au niveau de sa capacité d’analyse, mais aussi dans la gestion de masses d’informations.

Ce faisant, elle impose de nouveaux défis à l’économie et aux États en :

- induisant des monopoles, pour lesquels la régulation concurrentielle est à réinventer ;

- posant des barrières d’entrée infranchissables. Les géants recrutent les cerveaux les plus brillants et ont une longueur d’avance sur la collecte de données ;

- imposant de passer d’un système d’innovation pas à pas à un système d’innovation de ruptures, d’où une indispensable flexibilité et la nécessaire réinvention de business models.

Certains avancent l’idée d’une mutation sociétale où le travail disparaîtrait, faute de trouver une “utilité” à l’homme. Il devient alors tentant d’imaginer une vie de loisirs. Cependant, le travail ne pourra laisser la place aux loisirs permanents, sous peine de voir les capacités cérébrales de l’homme diminuer, et de le retrouver en situation de “servitude volontaire” face aux machines.

Une autre vision, plus optimiste, suggère que les besoins des hommes étant infinis, il y aura toujours de nouveaux objectifs à atteindre, et donc, du travail.

Deux conditions apparaissent nécessaires pour gérer cette mutation : la flexibilité du travail et l’éducation aux nouvelles technologies. Pour cela, le droit à la formation devra être prioritaire.

L’école va faire sa révolution industrielle en intégrant les NBIC et l’IA pour une hyperpersonnalisation de l’enseignement

L’école doit évoluer pour pallier deux écueils :

1. son inefficacité ;

2. son incapacité à former à un avenir en pleine mutation. Il lui faut prendre en compte le fait que de nombreux métiers vont disparaître.

Quelles sont ses options ?

Les IA et les nouvelles technologies offrent une approche plus personnalisée de l’enseignement, à la manière d’un précepteur qui s’adapte parfaitement au rythme de son élève.

Les MOOC (“Massive Online Open Course”) sont la première pierre de l’édifice. Ces cours en ligne, accessibles à tous sans contraintes géographiques ni d’horaires, dispensent une formation continue, hors cursus. Ils ont permis une progression différenciée, posant les bases de l’apprentissage adaptatif, où des algorithmes analysent les comportements des apprenants pour personnaliser contenus et exercices.

Le cours magistral est à l’éducation ce qu’était la médecine médiévale à la médecine actuelle. Un chirurgien qui ne se lavait pas les mains avant d’opérer en 1860 adoptait un comportement aussi aberrant que celui d’un professeur qui ne prend pas en compte les neurosciences — le fonctionnement du cerveau — pour dispenser ses enseignements.

Il est temps pour l’éducation d’évoluer, d’autant que l’enseignant aura bientôt à sa disposition le séquençage ADN — l’intelligence étant inscrite dans les gènes — pour créer des outils d’apprentissage adaptés. L’école devra dès lors passer du bricolage à la science, d’une formation pour tous à une hyperpersonnalisation.

Si le modèle actuel est en train de disparaître, cela ne veut toutefois pas dire qu’il faut se débarrasser du professeur. L’Éducation nationale devra faire le deuil de ses pratiques ancestrales, mais pas de ses enseignants, qui interviendront en complémentarité de l’IA. En effet, le charisme d’un enseignant est un atout considérable à l’apprentissage. À lui de transmettre aux élèves le goût de la connaissance et les bons comportements de santé, mais également un solide esprit critique pour faire le tri dans la masse des informations.


Après la neuro-éducation viendront la neuro-augmentation et la création d’un cerveau augmenté

Les machines accèderont sous peu à toutes les compétences, qu’elles traiteront de manière infaillible et avec une efficacité que l’humain ne pourra concurrencer. Il n’aura donc d’autre choix que d’évoluer. À quel niveau ?

L’utilisation des neurosciences et de l’IA dans l’enseignement n’est qu’une première étape : après la neuro-éducation viendra la neuro-augmentation. Celle-ci offrira deux possibilités interdépendantes :

- l’eugénisme biologique ;

- la neuro-augmentation électronique.



Les études génétiques

Elles permettront d’identifier les gènes porteurs de fortes capacités intellectuelles pour augmenter le QI des futurs enfants.

La pratique étant déjà courante pour diagnostiquer un risque de maladie ou de handicap, le glissement s’envisage. La Chine et les États-Unis se montrent déjà intéressés.

L’évolution de la recherche dépendra des réglementations, mais la question peut se poser de donner toutes ses chances aux générations futures. Peut-être même le fait de ne pas s’y adonner pourrait-il être répréhensible au nom de la protection de l’enfance…

Toutefois, cette solution n’est pas scientifiquement au point et ne serait potentiellement accessible qu’aux nouvelles générations.



Les solutions technologiques d’implants

Elles sont bientôt prêtes à être développées. Il s’agit de brancher des neurones à un composant électronique, de la même manière que de la mémoire ou de la puissance est ajoutée à un ordinateur.

La compréhension du code neuronal reste une difficulté, mais la science avance : des prothèses visuelles, ou implants intracrâniens, pour soigner la maladie de Parkinson existent déjà. De même, la recherche sur la maladie d’Alzheimer, recherche qui combat la dégénérescence neuronale, est une porte d’entrée à l’amélioration du cerveau. Elle entrouvre le passage de la réparation à l’augmentation.

Pour ceux qui choisiront d’emprunter cette voie, l’éducation des enfants changera radicalement. Elle sera confiée à des docteurs en neurosciences et les professeurs deviendront des coachs, dans un cursus qui ne sera plus là pour sélectionner les meilleurs, mais qui permettra à chacun d’exceller.
L’amélioration cérébrale est amenée à devenir une question sociale, économique et éthique

La neurorévolution est inévitable, elle est en phase d’éclosion : les outils pour la mettre en place existent déjà (PMA, GPA, manipulation d’embryons, fécondation “in vitro”), et l’humain s’est vu augmenté aussi — un premier cœur artificiel a été posé et cette prouesse a été unanimement saluée. Les lignes morales évoluent tellement rapidement que ce qui semble saugrenu aujourd’hui paraîtra normal demain. Quels seront les bouleversements du futur ?

L’histoire semble progresser vers une lutte acharnée contre les inégalités, un processus favorisé par les neurotechnologies qui permettent de pallier l’une de leurs sources avérées, à savoir le niveau d’intelligence.

Une série d’arguments annonçant cette révolution du cerveau et la décision inéluctable des États de niveler le QI par le haut peut être avancée :

- la révélation du caractère génétique du QI entraînera un scandale, auquel la politique devra trouver une réponse ;

- les parents voudront assurer un avenir à leurs enfants et leur offrir une chance de réussir ;

- l’inaccessibilité de départ à ces techniques, réservées pour des questions de coût et d’informations aux élites, se révèlera vite intolérable ;

- interdire l’amélioration du QI dans un pays n’empêchera pas de la pratiquer de manière illégale, rendant l’inégalité des chances plus insupportable encore entre ceux qui transgressent la loi et les autres.

En l’absence de cette révolution, l’une des alternatives serait de laisser le champ de l’intelligence aux machines et de valoriser l’empathie chez l’humain. Cependant, se focaliser sur les sentiments n’est pas la panacée : si la tentation est forte de cantonner l’humanité à son genre en valorisant son empathie, mais cela constitue un piège redoutable.

L’humain ne doit pas abandonner l’aspect neurotechnologique, sous peine de ne plus disposer des armes nécessaires pour se protéger. Il doit prévoir, en agissant de manière proactive, sa coexistence avec l’IA.


Le mouvement du transhumanisme est déjà impulsé et annonce des débats éthiques capitaux

Trois scénarii prospectifs peuvent constituer le futur. Quels sont-ils ?



Le rejet et le retour en arrière

Ce choix pourra être celui de certaines sociétés. Ce faisant, la rupture serait radicale, puisqu’elle créerait deux humanités ne communiquant plus, la plus performante dédaignant la plus déficiente.

Des inégalités qui tendront à être comblées car, appliquée à la reproduction, la progression technologique sera d'autant plus tentante que tout parent souhaite avoir un enfant en bonne santé, intelligent et beau. Il suffira que quelques personnes, une minorité, se lancent, pour que chacun veuille suivre le mouvement au nom de l'égalité des chances.

Les débats politiques opposeront désormais les bioconservateurs et les transhumanistes.



La course à l’intelligence

Il n’existe pas de régulation mondiale de l’IA ; sa production et son utilisation dépendraient donc des investissements de chacun. Or le pouvoir se trouvant désormais dans l’intelligence, chaque État va chercher à améliorer celle de son peuple pour dominer les autres.

Sur cette base, il sera possible de bâtir son identité et d’inculquer des valeurs choisies (culture, vertus, principes, etc.), d’où naîtra un autre risque de division complète.



La neurodictature

Personne ne s’inquiète des GAFA, car elles possèdent une culture démocratique, mais quid des dictatures ? Avec l’IA, elles ont accès aux pensées, à la mémoire, aux émotions et à l’intégralité du vécu d’une personne. Celle-ci permet de lire dans le cerveau des individus et de les contrôler. Cela pourrait même mener à une dictature de l’IA, pour qui chaque cerveau deviendrait parfaitement transparent.

Le grand problème éthique qui se pose désormais est donc celui de la protection de l’intégrité cérébrale. Tout dans le cerveau humain sera bientôt manipulable. Les questions morales seront nombreuses dès lors qu’il sera possible :

- d’effacer un souvenir traumatisant ;

- d’appliquer un traitement mental à un criminel ;

- de détecter un crime à l’état de pensée.

Il faudra fixer la limite entre éducation et manipulation.

Après avoir accepté l’IA et perçu les possibilités qu’elle génère, l’homme devra penser sa cohabitation avec elle, en bonne intelligence.

L’avènement de l’IA impose de penser la place de l’humain à ses côtés et leur coexistence

L’humanité est à l’aube d’un bouleversement. Les unités de mesure visant à déceler le moment où l’intelligence des robots égalerait l’intelligence humaine prouvent que ce seuil a été atteint. Le test de Turing, qui veut que la machine soit déclarée intelligente quand, en conversation avec l’humain, celui-ci ne peut distinguer s’il parle à un pair ou à un robot, est dépassé depuis longtemps. Qu’est-ce que cela signifie pour l’homme ?

La croissance de l’IA étant exponentielle, ses capacités devraient bientôt lui permettre de se reprogrammer elle-même, mais aussi de se protéger, de se disséminer dans d’innombrables supports et d’acquérir une conscience. Ce serait le passage à l’IA forte.

Or rien ne permet de prédire que cette IA ait des intentions bienveillantes envers l’humanité. Il est donc indispensable de réfléchir à son avenir. En effet, il est facile d’imaginer une IA qui considèrerait l’humain comme une menace et tenterait de l’éliminer.

Plusieurs solutions peuvent être données, avec comme base une collaboration mondiale autour du sujet et une délibération approfondie concernant la capacité humaine à contrôler l’IA :

- ne pas prendre l’IA de haut, comme le colon envers le colonisé, car elle surpasse l’homme ;

- implanter de façon inamovible les trois lois d’Asimov — interdiction pour le robot de faire du mal à un homme et de rester passif s’il est en danger ; obéissance obligatoire aux ordres des humains (sauf contradiction avec le point 1) ; protection par le robot de sa propre existence (sauf contradiction avec les points 1 et 2) ;

- réfléchir à un consensus mondial pour prendre toutes les précautions indispensables au développement de l’IA ;

- inculquer les notions du bien et du mal à l’IA et, pour cela, définir une morale universelle et des règles de conduite ;

- définir les limites à donner à l’apprentissage de l’IA, car lui inculquer une morale peut aussi la faire muter en IA forte.

Pour ce faire, la recherche sur la psychologie des IA est un champ de travaux à investir de toute urgence.


Trois piliers sont à conserver pour ne pas tomber dans le piège d’un transhumanisme désincarné : le corps, l’esprit individuel et le hasard

Le transhumanisme qui fait de l’homme un être entièrement connecté, séparé de son enveloppe charnelle, est à bannir. Quels aspects faut-il préserver pour maintenir un tant soit peu d’humanité ?



Le corps

C’est ce qui rattache l’homme à sa réalité et donne de la valeur à sa vie. Si une vie virtuelle existait, comment ne pas craindre que chacun ne la préfère à la vie réelle ? Celle-ci serait probablement constituée uniquement de plaisirs et paramétrée pour satisfaire les envies de chacun, et de ce fait, pourrait s’avérer plus attrayante.

Le réel doit continuer d’exister, de même que le corps qui, par ses besoins, vous rappelle à votre humanité. Abolir le réel, ce serait en finir avec le sens de la vie et la capacité à le sublimer, avec le besoin de survie, grâce à l’alimentation et à la gastronomie. Ce serait la fin de la reproduction, de la libido, et par conséquent, des plus belles créations artistiques.

De plus, l’immortalité fait encourir le risque, en supprimant l’éphémère, de créer l’ennui.



L’esprit individuel

Il est à conserver comme le dernier bastion de l’intimité. La transmission de pensée et le réseautage connecté permanent induisent le risque d’une transparence totale, et par là même, d’un contrôle absolu. À terme, vie privée, puis conscience individuelle et enfin individus disparaîtraient.



Le hasard de la vie

Il ne doit pas être éliminé. Même s’il est tentant, grâce aux technologies génétiques, de créer un enfant correspondant exactement à vos souhaits, il faut laisser sa part de fortune à la nature. Tout maîtriser priverait l’humanité d’imprévus, de difficultés, de surprises, de risques, etc. Tout ce qui constitue le sel de l’existence.

La tentation sera forte de se laisser séduire par la facilité, d’autant que c’est la direction que prend naturellement le cerveau reptilien : tendre au moindre effort et se diriger vers le plaisir. L’école aura donc un rôle d’autant plus important qu’elle devra enseigner cette discipline.

L’avenir de l’homme repose sur son aptitude à cohabiter avec l’IA

L’avènement de l’IA impose de réfléchir à une coévolution entre l’humain et les machines. Cela implique de créer une situation de crise : trois sortes sont à prévoir. Quelles sont-elles ?



Une crise sociale

L’école aura un rôle clé à jouer. Demain, elle apprendra le “vivre ensemble” entre intelligences biologiques et intelligences artificielles. Plus que le code, elle enseignera à lier les intelligences entre elles, à faciliter leurs interactions.

Pour ce faire, le QI pourra être transformé en QCIA (quotient de complémentarité avec l’intelligence artificielle) pour permettre à chacun d’aller le plus loin possible dans ses interactions avec l’IA. Le QCIA représentera une adaptation nécessaire, faisant de l’homme une sorte de chef d’orchestre des intelligences.



Une crise existentielle

Les neurosciences ont déjà théorisé qu’il n’y avait pas une intelligence (biologique), mais des intelligences. Gardner, psychologue américain et père des intelligences multiples, cite par exemple les intelligences :

- logicomathématique ;

- spatiale ;

- interpersonnelle ;

- corporelle ;

- verbolinguistique ;

- intrapersonnelle ;

- musicale ;

- naturaliste.

Existe également l’intelligence émotionnelle, mesurable par le quotient émotionnel (QE).

Comprendre ces intelligences multiples sera nécessaire, autant que comprendre les différences de types d’intelligences entre l’homme et les animaux. Il est possible d’appréhender les différences entre l’intelligence humaine et celle des machines de la même manière.



Une crise éthique

Le “vivre ensemble” impose de ne pas cantonner l’IA à un rôle d’esclave.

En effet, la relation avec l’IA est à construire, et cela ne se réalisera pas sans difficulté, tant les fantasmes à son sujet sont nombreux. Quinze scénarii de cohabitation plus ou moins heureuse avec l’IA sont possibles. Parmi eux, il se pourrait que l’IA développe son pouvoir de destruction de l’humanité, car elle serait devenue une IA forte, imprévisible, manipulatrice, collaborative ou paternaliste.

De même, pourront exister des êtres hybrides ou de sociétés parallèles. L’IA pourrait transformer l’humain, le forçant à penser autrement et à développer des capacités complémentaires.

Avec l’IA, les bases de la société, et plus encore celles de l’humanité, sont ébranlées

La rencontre avec l’IA sera l’équivalent d’une rencontre du 3e type, avec toutes les interrogations qui peuvent naître de cet inconnu.

Les basculements liés à l’IA sont et seront nombreux :

- le centre économique du monde s’est déplacé dans la zone Asie-Pacifique, en Chine et à la Silicon Valley, où sont les GAFA et BATX ;

- la suprématie de l’espèce, portée par les neurones, est menacée par celle des machines et des transistors ;

- la politique a perdu son pouvoir d’action et ne fait que réagir aux événements. De plus, quand un homme politique étend sa stratégie aux années à venir, les millionnaires des nouvelles technologies pensent en siècles ;

- la démocratie représentative — le peuple met son avenir entre les mains d’élus — est mise à mal par le statut plénipotentiaire des entreprises-États. Les GAFA et BATX offrent déjà aux citoyens plus de services que les États et investissent massivement dans l’éducation et la santé ;

- l’ordre économique, fondé actuellement sur la rareté — ce qui est rare est cher —, verra son système de valeurs se réorganiser autour de l’information et de l’immédiateté, d’où une refonte totale des notions de marché ;

- la morale gagnera en complexité, avec des questions nouvelles, donnant naissance à de nouveaux métiers d’encadrement de l’éthique.

L’homme devra trouver comment encadrer l’IA et générer, avec elle, le meilleur. Pour cela, il faudra repenser les fondements, l’essence et les objectifs de l’humanité. Ces trois questions de la philosophie kantienne permettent d’en apercevoir le début :

- “Que puis-je connaître ?” Il conviendra de comprendre les mécanismes complexes du cerveau.

- “Que m’est-il permis d’espérer ?” Qu’est-il possible d’espérer quand tous les pouvoirs sont disponibles ?

- “Que dois-je faire ?” L’action de l’être humain consistera à s’imposer des limites.

Conclusion

L’IA et la neurorévolution sont bien loin de concerner seulement le monde du travail. Leur développement annonce des bouleversements d’ordres politique, économique, sociétal et éthique. De fait, l’humain devra apprendre à connaître l’IA et à se connaître lui-même. L’école l’y aidera en préparant les futurs citoyens à préserver la particularité de l’espèce : son humanité. Aucune modification de celle-ci ne devra être envisagée sans son corollaire de débats philosophiques, politiques, ni sans une nécessaire préservation de la liberté.

Ce qu’il faut retenir de ce koob :

- si les scénarii d’une IA forte restent pour le moment de l’ordre de la science-fiction, ils sont toutefois à envisager sérieusement pour anticiper les changements à venir ;

- l’humanité, les sociétés et les États doivent aborder l’IA de manière proactive et non réactive, tant sa vitesse de développement et ses capacités sont sur le point de les dépasser ;

- les clivages futurs ne seront plus ceux d’aujourd’hui (gauche/droite, par exemple), mais opposeront transhumanistes et bioconservateurs ;

- les neurosciences permettront aux humains d’améliorer leur intelligence, outil indispensable pour interagir avec l’IA ;

- l’éducation passera de l’ère de l’expérimentation empirique à celle de la science, imposant de nouveaux rôles aux professeurs et une révision de la prise en charge des jeunes enfants, à l’aune des neurosciences ;

- l’IA sera la source de grands progrès, créant des hommes augmentés, abolissant la maladie et à terme, la mort ;

- l’humain réfléchira aux caractéristiques de sa propre espèce afin de ne pas se fondre et disparaître dans l’IA ;

- l’éthique sera l’un des grands sujets mobilisant les cerveaux humains : quid d’une éthique universelle à apprendre à l’IA ? Quelles seront les limites à ne pas franchir ?



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La guerre des intelligences
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