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 L'ordre du monde

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MessageSujet: L'ordre du monde   Ven 11 Mai - 11:50

L'ordre du monde

En lisant ce résumé, vous découvrirez que l'ordre des uns n’est pas celui des autres. Qui mieux qu’Henry Kissinger pouvait vous le montrer ? Diplomate et secrétaire d’État de plusieurs présidents américains au cours des années les plus sombres de la guerre froide, il revient sur les ordres mondiaux. La géopolitique de chaque région de la planète est décortiquée pour vous montrer quel rôle celle-ci joue ou a pu jouer durant les derniers siècles. Une remontée dans le temps indispensable pour comprendre les relations actuelles entre puissances ainsi que leurs enjeux futurs.

Vous découvrirez aussi que :

- l’Europe est à l’origine du premier modèle d’ordre entre nations, dont les principes de base ont été énoncés par le traité de Westphalie ;

- les États-Unis ont également construit leur propre modèle d’ordre, basé sur l’accès à la liberté et à la démocratie pour tous les peuples ;

- les autres régions du monde ne partagent pas forcément ces deux visions occidentales et revendiquent le droit d’en modifier les règles ;

- de nouvelles puissances du Moyen-Orient ou d’Asie ont émergé. Leurs inspirations doivent être prises en compte sous peine de voir la stabilité de ces régions mise à mal.

L’ordre mondial actuel, imposé par les nations occidentales, semble avoir atteint ses limites. Il est désormais contesté par des régions qui n’ont pas les mêmes systèmes de valeurs et n’ont pas participé à l’élaboration des règles qui leur ont été imposées. La souveraineté de l’État, principe essentiel de la paix de Westphalie, ne reçoit pas plus d’écho en Chine qu’au Moyen-Orient. Il est grand temps d’établir des relations nouvelles entre ces régions disparates, sans quoi l’idéal occidental de liberté ne sera qu’un lointain souvenir.

Le traité de Westphalie a transformé l’Europe impériale en un continent uni par un équilibre entre nations souveraines

L’Europe a été unie dès l’Antiquité par un empereur, que ce soit César, Charlemagne ou Charles Quint. Leur gloire était proportionnelle à la superficie de leur territoire. L’Église apportait un ciment théologique supplémentaire. Cette unité n’a pourtant pas perduré lorsque le continent est parti à la découverte d’autres territoires et qu’il a désiré les intégrer. Les expéditions lancées vers les Amériques ou vers l’Orient ont mis fin à l’eurocentrisme. La découverte de l’imprimerie au milieu du XVème siècle a permis de répandre facilement une masse inédite de connaissances. L’idéologie religieuse a petit à petit été remise en question jusqu’à être littéralement ébranlée lors de guerres de religion dont la guerre de Trente Ans fut l’apogée.

En 1648, le traité de Westphalie mit un terme aux querelles entre catholiques et protestants d’Europe, en posant les principes suivants : notion d’État souverain, respect de la pratique religieuse ainsi que mise en œuvre de pratiques diplomatiques entre les États. L’Europe venait de signer un traité fondamental qui régit aujourd’hui encore une conception, mais parmi d’autres, de l’ordre international. Elle ne serait plus unie par un seul pouvoir dominant mais par un équilibre aussi subtil que fragile entre de multiples entités étatiques. Ainsi, chaque tentative hégémonique de l’un des pays donnerait lieu à une réaction immédiate de ses voisins, au nom du respect de l’équilibre établi. Ce fut le cas dans la seconde moitié du XVIIème siècle, lorsque Louis XIV fit preuve de velléités territoriales ou plus tard, lorsqu’il s’agit d’affaiblir l’Allemagne pour qu’elle ne devienne pas la puissance dominante d’Europe.

Cependant, toute règle ayant son exception, la Révolution française montra à l’Europe que lorsque l’autorité n’appartient plus à l’État mais au peuple, les conséquences peuvent dépasser les frontières. Les révolutionnaires promirent leur aide à tout pays qui adopterait ses principes. L’équilibre entre nations, rompu temporairement, ne fut rétabli que par Napoléon qui unifia à nouveau une grande partie de l’Europe et notamment son système juridique.

L’équilibre westphalien est désormais remis en question par la mise en place de l’Union Européenne

La Russie est le voisin puissant de l’Europe sur sa façade Est. Située au carrefour de routes marchandes et culturelles, elle est dominée durant deux siècles et demi par les Mongols. Puis, menée par des dirigeants aussi intransigeants qu’éclairés tels que Pierre le Grand, Catherine de Russie ou Alexandre Ier, elle commence son expansion vers l’Europe et se modernise. Pour la Russie, gouverner loin, c’est gouverner fort. C’est ainsi qu’elle parvient à repousser jusqu’à Paris l’épopée napoléonienne.

Le congrès de Vienne, signé en 1815 entre les nations qui venaient de mettre fin à l’expansion du petit caporal devenu empereur, parvint à établir un nouvel ordre pacifique. Mais pour peu de temps parce que la montée des nationalismes avait déjà débuté. La réunion des vingt-sept États allemands créa une puissance centrale aux mains de Bismarck, elle-même à l’origine d’alliances entre puissances européennes. Aucune ne survécut au cataclysme du premier conflit mondial. Le traité de Versailles, ratifié par les vainqueurs laissa volontairement l’Allemagne de côté. Comme souvent l’histoire se répète, le deuxième conflit mondial a mené à peu près au même résultat avant que le monde n’entre dans une phase de relations bipolaires entre les États-Unis et l’Union soviétique.

L’Europe, elle, abandonne peu à peu le principe westphalien de souveraineté étatique au profit d’une gouvernance supranationale progressive. L’Union européenne est en marche. Malheureusement, cette construction n’est pas terminée et les institutions créées laissent aux dirigeants des pays européens la possibilité de mener des politiques nationales qui perturbent son équilibre. Aujourd’hui, les relations se sont réchauffées entre Est et Ouest, mais l’Europe s’est aperçue par la même occasion qu’elle n’était plus en position de force. Le vieux continent doit désormais retrouver sa place dans un probable équilibre entre grandes régions.

Le Moyen-Orient a raté son expansion et subi l’application du concept européen d’État-nation

Le Moyen-Orient a abrité de très grandes civilisations et demeure le berceau d’un Islam qui s’est répandu de la France jusqu’à la Chine en s’imposant la plupart du temps par la force. Les terres du Califat devaient intégrer celles du Dâr al-harb pour y apporter une paix universelle. Cette idéologie, revendiquée encore aujourd’hui par l’Iran ou par le groupe État islamique, montre à quel point la notion d’équilibre avec les parties rivales est inexistante. Celles-ci ne sont pas considérées comme capables d’engager des relations. À la mort de Mahomet, la scission entre ses héritiers et la partition entre les deux tendances de l’Islam que sont le chiisme et le sunnisme ne permettent plus à cette religion de poursuivre son expansion.

Les accords de Sykes-Picot sont signés en secret par quatre des futures puissances qui remporteront la Première Guerre mondiale. Ils partagent le Moyen-Orient en protectorats avant que la Grande-Bretagne, lors de la déclaration de Balfour de 1917, n’approuve l’installation d’un État juif et que le traité de Sèvres de 1920 ne crée une mosaïque d’États en dépit de toute considération de répartition ethnique. Chacun de ces États prend ensuite le parti d’une des deux grandes puissances durant la guerre froide et finalement la seule unité de la région est celle qui réfute la légitimité d’Israël.

L’Iran a su déjouer la vigilance internationale et devenir une puissance régionale menaçante pour l’équilibre mondial

Jusqu’en 1979, l’Iran est parfaitement intégré au système westphalien. Centre du chiisme et voisin de pays sunnites, le pays n’a jamais perdu confiance en ses atouts, notamment culturels. Néanmoins, le renversement opéré par l’Ayatollah Khomeiny, tout juste revenu d’exil de Paris, a pour but de rétablir dans toute la région un régime divin semblable à celui qui existait à l’époque de Mahomet. Contester le régime est considéré comme un blasphème et non comme l’expression d’une opposition politique. Il s’agit de réunir à nouveau l’Oumma.

Le tout nouveau dirigeant fait une entrée fracassante dans le monde diplomatique en orchestrant une prise d’otage de plus de quarante jours à l’ambassade américaine de Téhéran. Le roi des rois, selon la tradition perse, se veut défenseur d’un Islam radical. La nouvelle constitution iranienne fait de l’unité musulmane une véritable obligation. Khomeiny entend dépasser le clivage entre sunnites et chiites et fournit ainsi de l’aide aux deux camps. Pour autant, le pays ne compte pas rester en marge de la communauté internationale. Il conserve un siège aux Nations-Unies et prend le titre de République islamique, comme pour atténuer les craintes naissantes en Occident.

Aujourd’hui, l’Iran s’est lancé dans l’acquisition d’une capacité nucléaire. Le pays est tout à fait capable de fabriquer à la fois des vecteurs et de la matière fissile, malgré six résolutions des Nations-Unies depuis 2006. Paradoxalement, il est aujourd’hui moins risqué de le laisser faire que de tenter d’anéantir son arsenal nucléaire, qui n’a plus rien de potentiel. Autrefois allié des États-Unis dans la démarche d’endiguement du communisme, sa puissance devait être contrebalancée, suite au retrait américain, par les pays sunnites de la région. Mais l’Iran a réussi à berner tout le monde. Aujourd’hui, sa nouvelle capacité nucléaire risque d’attirer une réaction préventive de la part d’Israël, mais également de donner envie à d’autres États tels que l’Arabie saoudite, la Turquie ou encore l’Égypte.

Le Japon et l’Inde ont tiré leur épingle du jeu de l’équilibre régional en Asie :

La conception asiatique de l’ordre international a toujours été radicalement différente de celle de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’unicité culturelle ou linguistique même si les puissances occidentales ont tenté de s’y implanter sous couvert de missions d’éducation. Plus tard, les émancipations des États ont été violentes, marquées par la guerre de Corée, du Vietnam ou encore l’affrontement sino-soviétique. Deux pays dans la région se sont hissés au rang de puissance régionale, mais de manières différentes.

Le premier, le Japon n’a jamais joué le jeu de la soumission à l’Empire chinois. Pays insulaire et donc géographiquement protégé, il tente une intrusion sur le continent voisin dès la fin du XVIème siècle en envahissant la Corée puis en tentant une percée en Chine. Celle-ci le repousse et le Japon plonge à nouveau dans presque deux siècles d’un isolationnisme, rompu à la fin du XIXème siècle à l’initiative des États-Unis, venus proposer d’établir des relations commerciales. Après analyse des risques et des gains potentiels, le Japon décide de s’intégrer dans l’ordre international.

Moins de quarante ans plus tard, le Japon rivalise avec la Chine à laquelle il soustrait Taïwan. Suite au premier conflit mondial, il profite de l’essoufflement des puissances occidentales pour mener en 1937 une guerre contre la Chine afin de former un groupe d’États asiatiques qui ferait contrepoids à l’Europe. Quelques années plus tard, il paye le prix de son attaque des États-Unis à Pearl Harbor et subit l’effet des deux seules utilisations de bombes nucléaires contre des populations civiles. Paradoxalement, c’est en acceptant de capituler et en profitant de l’occupation américaine que le Japon se relève aussi vite. Aujourd’hui, le pays est à la croisée de plusieurs chemins : celui qui consiste à continuer son alliance avec Washington, celui qui le rapproche de son voisin chinois et celui de l’autonomie avec quelques réformes constitutionnelles à la clé afin de sécuriser son territoire.

La destinée de l’Inde est différente. Au IVème siècle avant Jésus-Christ, le ministre Kautilya permet le développement de la dynastie Maurya et établit une doctrine de conquête retracée dans un livre, l’Arthashastra. Cette doctrine mène à une unification des peuples qui atteint son apogée un siècle plus tard, avant que des séries d’invasions ne créent des scissions puis une nouvelle union du sous-continent lors de l’arrivée des Moghols au VIIème siècle. L’implantation des Européens au XVIème siècle partage à nouveau ce territoire. La colonie anglaise est celle qui se développe le plus. Les élites indiennes sont formées à Cambridge et l’Angleterre finit par se retirer pour laisser place à un nouvel État que Nehru et sa fille Indira Gandhi mènent sur la voie du non-alignement. L’une des craintes de l’Inde réside dans la contestation de ses frontières par ses voisins pakistanais et chinois, d’autant qu’elle est peuplée de nombreux musulmans. Les États-Unis ont redéfini leur position dans la région et comptent sur le pays qui sera probablement bientôt le plus peuplé au monde, pour devenir un pivot de la région.

La Chine est devenue un poids lourd mondial que l’Occident ne peut pas ignorer

Les pays d’Asie ont subi l’ordre westphalien plus qu’il ne leur a profité. Beaucoup d’entre eux ont encore le sentiment que leur place n’est pas reconnue et la vision de la Chine est de loin la plus éloignée de celle du traité de Westphalie. Elle se considère comme l’empire du Milieu, celui qui dirige tout ce qui est sous le ciel. Elle a matérialisé son territoire par une muraille, symbole de puissance de l’empire. Les Moghols au XIIIème siècle puis les mandchous au XVIIème siècle ont déferlé sur ces terres qui ont fini par absorber leurs cultures.

Au XVIIIème siècle, l’Angleterre envoie un émissaire pour ouvrir des relations commerciales. À l’époque, la première puissance navale, industrielle et économique mondiale n’intéresse pas la Chine. La dynastie impériale s’effondre une première fois en 1911, mais elle est remise sur pieds par Chang Kaï-chek à partir de 1928. Il instaure un régime plus fort et permet son intégration au système westphalien. Après la Seconde Guerre mondiale, la Chine est déchirée par une guerre civile. En 1949, Mao Zedong donne naissance à une République populaire et décide d’engager son pays dans une voie propre. Il mène un grand bond en avant en 1958 puis une Révolution culturelle dès 1966. Deux défis qui n’auront pas l’effet escompté puisque le pays en sort épuisé en 1969, alors que l’Union soviétique, elle, la menace. La Chine décide de s’allier aux États-Unis. Un rapprochement étonnant puisque les deux puissances ont des cultures radicalement opposées. L’une a une vision pragmatique, l’autre conceptuelle. Quoi qu’il en soit, ces accords persistent encore aujourd’hui, tant que la Chine permet de contrebalancer la puissance de la Russie.

Les États-Unis ont forgé en moins de deux siècles d’existence un modèle d’ordre international basé sur la liberté

Pour les États-Unis, protégés par deux océans, la politique étrangère a parfois semblé facultative, mais leur intervention lors des deux conflits mondiaux et la guerre froide se sont tout de même révélées indispensables pour répandre l’idéal américain.

À ses débuts, l’extension américaine est tournée vers l’intérieur. L’immensité du territoire qui s’offre aux premiers Pères pèlerins s’étend jusqu’au Sud du continent. Les alliances avec les puissances étrangères sont de courtes durées. Néanmoins, la guerre de Sécession est un tel traumatisme, que la France et la Grande-Bretagne sont appelées en renfort. Plus tard, l’Amérique change de cap avec l’arrivée de Théodore Roosevelt au pouvoir en 1931 et endosse le même rôle de gendarme du monde que la Grande-Bretagne eut pour l’Europe, au nom de la préservation de la condition humaine.

Roosevelt est un président interventionniste. Son action diplomatique dans le cadre du traité de Portsmouth en 1905 montre au monde que les États-Unis sont capables d’intervenir pour rétablir un équilibre entre deux puissances régionales majeures que sont la Russie et le Japon. Le continent dispose d’un atout stratégique majeur depuis la construction du canal de Panama. Il peut intervenir rapidement sur ses deux façades. Roosevelt quitte le pouvoir en 1912, à l’aube de la Première Guerre mondiale. Il est fort probable que s’il était resté aux affaires, les États-Unis seraient entrés en scène beaucoup plus rapidement. C’est son successeur qui déclare la guerre quelques années plus tard mais son action est guidée par la volonté de permettre l’autodétermination des peuples ainsi que par l’élaboration d’un concept de sécurité collective. Ce dernier se révèle très rapidement inefficace. Une définition trop vague de l’agression, des dirigeants incapables de décider d’une action commune lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie ou de l’Abyssinie. Durant le second conflit mondial, c’est un autre Roosevelt, Franklin Delano, qui pose avec Churchill les bases d’un accord mettant fin aux acquisitions territoriales et lance le processus de décolonisation. Les principes de l’ordre mondial vu par l’Amérique sont désormais fixés, alors que le monde s’apprête à entrer de plein fouet dans plusieurs décennies d’affrontements diplomatiques bipolaires.

L’interventionnisme américain n’a permis que peu de fois l’application de ce modèle

Harry Truman succède à Roosevelt, décédé durant son mandat et hérite ainsi de la lourde tâche de concrétiser l’ordre international voulu par son prédécesseur. Il permet la mise en place de l’Alliance atlantique, le redressement de l’économie d’une Europe exsangue et entraîne les États-Unis dans plusieurs guerres à des endroits reculés. Pourtant, à l’époque où le communisme se complexifie et où de multiples États naissent de la décolonisation sans forcément se ranger du côté occidental, sa politique étrangère et celle de ses successeurs semblent avoir atteint leurs limites. Le règlement de quatre conflits en est l’illustration.

La Corée, tout d’abord. Occupée pour moitié par les Russes et les Américains après la Seconde Guerre mondiale, elle se compose dès leur retrait respectif en 1948 et 1949 de deux pays indépendants. Mais le Nord envahit le Sud ce qui pousse les États-Unis à revenir un an plus tard pour libérer ce dernier et repousser ses envahisseurs le plus près possible du 38ème parallèle qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Cette-ci est aux aguets et repousse les troupes américaines. Sur le terrain, le général Mac Arthur qui mène les opérations veut poursuivre son offensive, mais Truman le relève de son commandement et conclut un accord avec la Chine. Les États-Unis ont réussi à limiter l’endiguement soviétique et à protéger un allié. Les Chinois, eux, ont protégé une frontière séculaire.

Le Vietnam, ensuite. Lyndon Johnson succède à Kennedy assassiné en pleine période de questionnement de l’opinion américaine sur le hiatus entre volonté de pacification du monde entier et accumulation d’un arsenal nucléaire capable de détruire plusieurs fois celui-ci. Johnson décide néanmoins d'envoyer des troupes après l’invasion, une fois n’est pas coutume, du Sud Vietnam par son voisin du Nord. La stratégie américaine devait se contenter de libérer le Sud mais ce dernier, sans réelle expérience démocratique, ne s’avère pas assez stable. La guerre dure puis s’enlise. Outre-Atlantique, Johnson fait l’objet d’une très forte désapprobation. C’est son successeur, Nixon, qui décidera du retrait avant que le Nord n’envahisse à nouveau le Sud. La communauté internationale laisse faire. Le Laos et le Cambodge suivent la même destinée, plus dramatique encore pour ce dernier, en raison de la politique génocidaire des Khmers rouges.

Le conflit afghan intervient beaucoup plus tard. La menace de la guerre froide a disparu depuis longtemps grâce aux efforts de Reagan et de son homologue Gorbatchev. Mais une autre menace est apparue. Al-Qaïda a lancé une fatwa contre les Américains et les Juifs en 1998. Trois ans plus tard, la terreur frappe l’Amérique en plein cœur et détruit un de ses symboles, le World Trade Center. La coalition menée par Georges Bush permet de chasser les talibans et d’installer un gouvernement provisoire, représentatif et pluriethnique. Mais le pays n’a jamais été uni politiquement. C’est l’ethnie pachtoune d’Hamid Karzaï qui est propulsée au pouvoir. En 2008, Barack Obama est élu et applique le retrait des troupes américaines conformément à ses promesses de campagne, laissant le pays doté d’institutions bien fragiles face au risque d’un vide de pouvoir qui profiterait immanquablement aux autres puissances régionales.

L’Irak, enfin. La violation de la résolution 682 de l’ONU demandant la destruction de l’arsenal accumulé par Saddam Hussein entraîne l’intervention des États-Unis en 2003. L’opération, qui avait dans un premier temps suscité l’approbation de l’opinion publique, apparaît finalement trop ambitieuse pour un pays écartelé entre sunnites, chiites et kurdes. La Chambre et le Sénat américains désapprouvent le maintien de troupes sur place et c’est encore une fois Obama qui orchestre le retrait.

In fine, sur cinq engagements depuis 1945, seul celui pour la libération du Koweït en 1991 a permis aux États-Unis d’appliquer le modèle de liberté dont ils défendent la légitimité.

La technologie et la science sont deux outils à manier avec précaution dans le cadre des relations internationales

La religion, les Lumières puis le nationalisme ont été les moteurs de l’évolution des relations entre puissances. Désormais, la technologie a pris le relais. Jadis, chaque pays ne pouvait vaincre qu’à portée d’arme et réagir que dans le temps long, celui imposé par la lenteur des communications. Aujourd’hui, l’homme détient assez de puissance pour détruire intégralement la planète mais également de formidables outils permettant de rapprocher les hommes et de partager leurs convictions. Certes les efforts diplomatiques américains et soviétiques ont mené à des accords historiques dans les années 70 sur la réduction des arsenaux nucléaires des deux grandes puissances. Mais le traité de non-prolifération est fréquemment violé par certains États. La Corée du Nord s’en est d’ailleurs littéralement désengagée et poursuit au nez et à la barbe de la communauté internationale des essais déterminants. Le fragile équilibre instauré durant la guerre froide l’est encore plus désormais, étant donnée la multiplication des belligérants capables d’infliger le feu nucléaire.

Par ailleurs, l’informatique est un outil moderne dont le développement en quelques décennies a été spectaculaire. Aujourd’hui, le monde entier est connecté. Les humains parlent aux objets et inversement. Internet permet l’instantanéité de l’information et le stockage d’une masse incommensurable de données. Celles-ci peuvent être à tout instant analysées, diffusées et parfois retirées de leur contexte. Les dirigeants ont dû adapter leur politique et être capables de réagir immédiatement sur tout. L’intelligence historique, c’est-à-dire la connaissance du passé qui a guidé bon nombre de grands décideurs, tend à disparaître au profit de la recherche du meilleur taux de satisfaction dans les sondages d’opinion.

Conclusion

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis pensaient que l’essor du monde passerait par le développement de la démocratie à l’échelle mondiale. Nous constatons que tel est le cas dans la majeure partie des pays. Ceux-ci sont capables de se mobiliser pour des causes communes comme l’environnement. Mais l’idéal américain n’est pas partagé par tous et l’ordre international actuel devra inévitablement affronter deux tendances : l’altération de ses valeurs et un changement majeur dans les rapports de force entre États.

Aujourd’hui, il devient urgent de repenser l’ordre international. La nature de l’État est contestée, l’organisation politique mondiale est en décalage avec l’organisation économique et il n’existe pas de mécanisme réellement efficace de consultation et de coopération entre puissances sur des problématiques majeures. Sans cette redéfinition, plusieurs zones d’influences risqueraient de se créer, ou pire, un conflit majeur deviendrait envisageable.

Ce qu'il faut retenir de la lecture de ce résumé :

- le traité de Westphalie a transformé l’Europe impériale en un continent uni par un équilibre entre nations souveraines ;

- l’équilibre westphalien est désormais remis en question par la mise en place de l’Union Européenne ;

- le Moyen-Orient a raté son expansion et subi l’application du concept européen d’État-nation ;

- l’Iran a su déjouer la vigilance internationale et devenir une puissance régionale menaçante pour l’équilibre mondial ;

- le Japon et l’Inde ont tiré leur épingle du jeu de l’équilibre régional en Asie ;

- la Chine est devenue un poids lourd mondial que l’Occident ne peut pas ignorer ;

- les États-Unis ont forgé en moins de deux siècles d’existence un modèle d’ordre international basé sur la liberté ;

- l’interventionnisme américain n’a permis que peu de fois l’application de ce modèle ;

- la technologie et la science sont deux outils à manier avec précaution dans le cadre des relations internationales.


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